Vous revenez sur la démonstration de force, hier à la Bastille, de Jean-Luc Mélenchon.

Oui, Jean-Luc Mélenchon aura créé certainement l’évènement populaire de la campagne. Si la Bastille a déjà connu, dans son histoire des mobilisations comparables, c’était toujours dans le cadre d’une protestation contre un projet gouvernemental, ou pour réagir à un évènement, comme la monté du racisme dans les années 80. Mais qu’un mouvement politique rassemble autant de monde lors d’une campagne, c’est un fait rarissime, surtout pour un candidat qui, bien qu’en progression, ne semble pas en mesure de se qualifier pour le second tour. La démonstration d’hier était remarquable aussi parce qu’elle avait un caractère identitaire très fort pour la gauche. Il y avait sur la place de la Bastille à l’ombre de la colonne de Juillet, une foule au drapeau rouge et tricolore, des bonnets phrygiens qui ravivaient l’imaginaire de ce camp politique. Le discours de Jean-Luc Mélenchon était fait pour trifouiller au plus profond de l’âme de la gauche française, lui rappeler son origine révolutionnaire. C’était grandiloquent et exalté pour la gauche, parfois chevrotant pour la République. Mélenchon recherchait l’effet frisson, il voulait du « Entre ici, Jean Moulin ». Emouvante ou caricaturale, chaque phrase raisonnait comme un appel fraternel aux peuples d’Europe, au monde, à l’humanité. L’orateur invoquait le « le cri du peuple », référence au journal communard de Jules Vallès. « L’égalité par quoi tout commence en France », Louise Michel, Jean Jaurès, les mots, les noms cités n’étaient pas puisés dans l’actualité, ni même dans l’histoire récente (rien sur mai 81) mais dans le tréfonds des mémoires de la gauche et de la République. Mélenchon a su remettre en branle le grand squelette du Parti Communiste, réactiver sa formidable capacité d’organisation pour réussir une grand messe de gauche dans le style le plus classique du genre !

Et cette démonstration de force a-t-elle de quoi inquiéter François Hollande ?

Pour son élection non, au contraire, mais pour la suite, oui ! Jean-Luc Mélenchon rassemble toute la gauche de la gauche sous une même bannière. Des anciens trotskistes, des alternatifs de tout poil, les restes du PC et certainement des nouveaux électeurs. Il leur fait chanter l’Internationale et la Marseillaise ! Ils iront en masse voter pour François Hollande au second tour. Hier Jean-Luc Mélenchon voulait montrer sa force mais visiblement, ne pas la diriger contre le socialiste. D’ailleurs le discours n’a duré que 25 minutes. Sa grandiloquence n’avait d’égal que le vague très étudié de ses propositions. Mélenchon s’est bien gardé de faire de la surenchère sociale trop précise. Il n’a rien prononcé qu’on puisse ressortir pour mettre un couteau sous la gorge de candidat socialiste. Imaginez qu’il ait brandi, devant la place de la Bastille noire de monde, le smic à 1700 euros en interpellant directement François Hollande ! Il n’en a rien été, Mélenchon connaît les codes de la compétition du premier tour à gauche. Ce n’est pas l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution ou la fin du concordat en Alsace qui pourra raisonner comme un casus belli ou sera vécu, au PS comme une pierre dans le jardin programmatique du candidat François Hollande. En revanche, l’éventuel président Hollande, qui veut réserver un groupe parlementaire aux écologistes et revenir à l’équilibre budgétaire en 2017, sait qu’il existe désormais une gauche radicale prête à battre le pavé.

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