Le gouvernement modifie sa stratégie de maintien de l’ordre. Retour sur les violences très politiques de samedi.

Oui, à y regarder de près, les violences de samedi sont des dégradations ciblées, très politiques et lourdes de sens. D’abord remarquons que dans le combat interne (parfois violent) entre ultradroite et ultragauche qui, dès le début du mouvement,  ont décidé de le parasiter, c’est l’ultragauche qui a gagné. Les utradroites, multiformes, identitaires, royalistes, soralienne, fascistes de tous poils, font figure d’amateurs désordonnés face à une ultragauche qui suit une procédure d’action très codifiée et ne connaît plus de divisions de chapelles rédhibitoires. Beaucoup moins nombreux, souvent plus vieux, l’ultradroite n’a pas la même agilité ni, paradoxalement,  la même discipline. Elle a d’ailleurs quasiment disparu des cortèges parisiens et sur le fond des revendications, la question sociale l’a aussi emporté sur la question identitaire. L’ultra gauche, nihiliste, situationniste, anarchiste, zadiste, est devenue simplement extrémiste écolo. Là aussi l’écologie a gagné. C’est une petite armée d’activistes, avec son folklore, ses uniformes noirs destinés à déjouer toutes possibilités de reconnaissance par les caméras de la police, qui se regroupe dans un rêve d’insurrection verte. N’ayant aucune revendication négociable, ni aucune assise populaire, ils n’organisent pas eux-mêmes des manifestations mais décident de s’immiscer dans de vraies mobilisations. Généralement, ils sont mal accueillis par les services d’ordre syndicaux qui, à l’occasion, s’entendent même avec la police pour les contrer. La mobilisation des Gilets jaunes, hiératique, porteuse d’une profonde colère désaffiliée de toutes organisations politiques et syndicales, est le parfait véhicule pour l’ultra gauche. 

Ils ont gagné une bataille.

Les ratés du maintien de l’ordre, les dégâts occasionnés par le LDB ont exaspéré les Gilets jaunes chauffés à blanc par les réseaux sociaux. Les petits groupes de black-blocks n’avaient plus qu’à se donner rendez-vous à Paris le 16. Il en est venu de toute la France et aussi de l’est de l’Europe. Contrairement à ce qu’a pu dire le président, il ne s’agit pas de plusieurs dizaines de milliers d’ultragauchistes, mais seulement de 1500. Leur violence spectaculaire, théâtralisée, est plutôt matérielle. Ce sont surtout les rois de la com’. La devanture du Fouquet’s en feu a fait le tour du monde ! Les Champs-Élysées, le Fouquet’s donc, les magasins de luxe ou de tourisme de masse, les kiosques à journaux sont, pour eux, le symbole de la collusion de l’Etat et du capitalisme. Déjà, ils avaient su à NDDL se faire accepter de quelques agriculteurs qui ne les avaient pas rejetés et qui, finalement, ont pu retrouver leur terre. NDDL, c’est leur Austerlitz ! Là encore, les Gilets jaunes font preuve, à l’égard de cette ultragauche, d’une étonnante mansuétude, comme si cette petite troupe de noire vêtue  leur servait de bras armée. Mais l’action de samedi est quand même un échec pour les black-blocks parce que leur plan était de faire la jonction avec la manif pour le climat. La police les en a empêchés. Ils y auraient reçu  certainement un accueil très hostile. Mais si leur action est politique, ils sont plus agiles dans l’art de la casse éclair et de la dissimulation que dans la théorisation de leur pensée. 

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