Vous revenez sur les déclarations d’Agnès Buzyn expliquant au Monde qu’elle avait prévenu le gouvernement de l’extrême gravité du virus

Oui, j’ai hésité avant de faire cet édito (je ne l’ai pas fait hier) parce que cette histoire ressemble, au 1erabord, au naufrage personnel d’une femme, à l’impeccable réputation médicale, égarée en politique. La portée politique de cette catastrophe personnelle ne me semblait pas, symptomatique d’une situation plus globale. 

En fait, elle l’est. Rien ne colle dans cette affaire. Agnès Buzyn savait que nous allions à la catastrophe, le dit (prétend-elle) dés janvier au 1er ministre mais accepte d’être candidate aux municipales ! 

Comment a-t-elle pu parler circulation automobile, ramassage de poubelles, impôts locaux, alors qu’elle savait que nous allions entrer dans ce cycle infernal ?

Bien sûr, quand on sait ce qu’elle dit avoir su, on s’y consacre pleinement, on est en veillée d’arme. Rendez-vous compte : jeudi dernier (il y a une semaine !) la candidate Buzyn était à France Inter. Léa Salamé lui a d’abord posé des questions sur le Coronavirus et elle le lui a reproché : elle était venue pour une élection municipale... 

Le pays, en ce moment, a certainement besoin d’un médecin de plus (le docteur Buzyn) et d’un amateur politique en moins (Agnès Buzyn).

Mais cette affaire a une portée politique plus importante

C’est une parabole de ce qui nous est arrivé avant de prendre, trop tard, les bonnes décisions. Il faut dire que ce qui nous arrive est inédit. Nous n’avons pas voulu (collectivement) voir la vérité en face. Il suffit de réécouter le discours d’Edouard Philippe de samedi pour se rendre compte maintenant (certes c’est de la post-rationalisation)... que la conclusion de ce discours aurait dû être l’annulation du scrutin et le confinement strict tel que nous l’avons connu deux jours plus tard. 

Il est frappant de voir qu’en politique, comme dans beaucoup d’activités humaines, individuelles ou collectives, nous sommes sujets, devant un danger inédit, à ce que les psychanalystes appellent le ‘déni de réalité’ ou le ‘clivage du moi’... ‘Je sais que je devrais faire autrement mais je vais commencer par faire comme ça’... c’est l’expression courante ‘c’est vrai mais quand même’.

La France est une démocratie ouverte. : elle ne peut pas se résoudre si vite à affronter un danger avec les armes de la fermeture et du repli. Boris Johnson est en train d’expérimenter (en pire) ce que nous avons vécu. Le système de santé britannique est déplorable, dès lors, Johnson préfère d’abord penser que la meilleure façon de combattre le virus, c’est de laisser progresser pour développer la fameuse immunité collective.

Mauvaise idée dans le cas du Covid-19 mais c’est l’idée qui correspond aux armes dont il dispose... Il a voulu adapter son action à l’état de son hôpital public ... Un travers classique chez les détenteurs de pouvoir. C’est le clivage du moi... Johnson s’est dissocié de la réalité. La réalité, plus dure encore, le rattrape aujourd’hui. Ce qu’a vécu Agnès Buzyn personnellement, les anglais le vivent collectivement en ce moment... nous l’avons vécu, nous français, la semaine dernière... (C’est à dire une éternité...)

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