Au sixième jour du conflit, c'est toujours la grève dans les transports publics. Mais les syndicats ont accepté de s'asseoir mercredi à la table des négociations. Sortie de crise en perspective ? "Ouh la ! Pas si vite ! Souvenez-vous, mercredi soir dernier déjà, tout le monde pensait que c'était plié ! Certains leaders syndicaux expliquaient qu'il fallait songer à reprendre le travail. Le gouvernement paradait en avançant que décidément, il était trop fort, puisqu'il faisait ce qu'il avait dit qu'il ferait, et la presse titrait unanime : "Préavis de sortie". Bon, et puis jeudi, patatras. Les responsables des confédérations syndicales étaient désavoués par leur base, le gouvernement s'emmêlait les pinceaux pour savoir de la carotte ou du bâton ce qu'il fallait tendre face à ces syndicats mouvant, et les journalistes étaient renvoyés à leurs prévisions et pronostics. Non, il ne suffit pas qu'une réforme soit soutenue par l'opinion publique, que les media quasi-unanimes la jugent "juste" et préfèrent insister sur la "galère" endurée par les usagers, il ne suffit pas que cette réforme ait été annoncée par le candidat Sarkozy pour qu'elle passe comme une lettre à la poste. On ne gouverne ni par ordonnance, ni par anticipation. Prudence donc sur l'issue immédiate de ce conflit, même si on a bien senti hier une dynamique d'ouverture de la part des organisations syndicales, comme de celle du gouvernement. En attendant, au 6ème jour de ce conflit, on aura appris deux, trois choses : Qu'une élection présidentielle, même à 53% des suffrages n'empêche pas un 3ème tour social et que la virilité du "parler" sarkozyen, "viens discuter avec moi si t'es un homme", ne résoud pas tout. Que Nicolas Sarkozy, aussi légitime soit-il, n'est pas le magicien d'Oz. Il n'a pas trouvé, pas plus que ses prédécesseurs, la formule magique qui effacerait toute contestation sociale comme par enchantement. Qu'avec lui, pas plus qu'avec d'autres, le mythe de la majorité silencieuse n'a de sens. L'opinion publique par voie de sondage soutient cette réforme, mais elle peut changer d'avis si elle considère que le prix à payer, le désordre, la gêne, le coût financier, est trop lourd. Hier, les manifs des anti grève n'auraient pas pesé lourd sur les Champs Elysées. On aura compris aussi que la démocratie sociale est en pleine mutation. Bernard Thibault de la CGT est-il à Xavier Bertrand, ce que fut Nicole Notat pour Alain Juppé, ou François Chérèque pour Jean-Pierre Raffarin ? La CFDT a entrepris depuis 20 ans son virage réformiste, d'accompagnement des réformes. Elle y a peut être gagné crédiblité et respectabilité, elle en a aussi payé le prix avec notamment la défection d'une partie de ses adhérents vers SUD. Le leader de la CGT aimerait lui aussi semble-t-il accompagner son syndicat vers une autre pratique, et "toper" quand il le faut avec le gouvernement, mais la base se rebiffe et parle de trahison. Peut-on avoir raison contre sa base ? Enfin, on aura aussi constaté la coupure des media et d'une partie de leur base. A voir la façon dont les journalistes sont accueillis dans les AG de cheminots, et d'étudiants d'ailleurs, accueil soupçonneux voire hostile, on se dit que la presse a tout à gagner à mesurer au trébuchet ses informations, commentaires et jugements. Les journalistes doivent-ils être des "accompagnateurs" de la réforme ? Je vous laisse plancher deux heures et je reviens..."

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