**Les députés socialistes ont réclamé une commission d’enquête sur les sondages effectués pour le compte de l’Elysée... Mais mardi, la commission des lois a rejeté cette demande…Oui et aux vues des sommes importantes dépensées par l’Elysée et surtout des marges confortables que certains conseillés officieux empochent, il pourrait paraître choquant de constater que le Parlement se refuse à enquêter. En réalité c’est logique. La constitution prévoit que le pouvoir législatif contrôle le gouvernement et les administrations. Pas le Président. Le Président n’est pas responsable devant le parlement puisqu’il est élu directement par le peuple. Donc, logiquement les députés de la commission des lois ont refusé d’ouvrir une commission d’enquête sur une activité élyséenne. On l’a déjà souligné ici, le fait que le Président ne se contente pas de présider mais qu’il gouverne aussi et que le gouvernement soit à ce point déresponsabilisé, rend un peu obsolète cette règle. Mais en même temps, de nouvelles dispositions bien venues sur les comptes de l’Elysée ont déjà porté leur fruit et comblent en partie l’impuissance parlementaire vis-à-vis du président de la République. C’est la possibilité qu’a maintenant la Cour des Comptes –et c’est à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy- de s’intéresser aux dépenses de l’Elysée. D’autre part, il y avait moyen, si les socialistes avaient été plus malins, ou si ils avaient privilégié le désir de savoir plutôt que le désir de d’abord cibler le président pour une rentabilité politique plus rapide…il y avait moyen donc d’en savoir plus. Il leur suffisait de procéder exactement comme ils l’avaient fait pour la commission d’enquête sur la libération des infirmières bulgares. Sans cibler directement l’Elysée mais en lançant, par exemple une enquête sur les sondages en général, financés par du crédit budgétaire. La commission des lois n’aurait pas pu s’y opposer. Mais pour la première fois, on sait à peu près tout sur les sondages commandés par l’Elysée.Oui, grâce à la Cour des Comptes, on connaît maintenant les prix, les marges pratiqués, le nombre de sondages commandés… Tout sauf le contenu de ceux qui ne sont pas publiés dans la presse. Ce qui n’est pas du tout transparent, ce sont les fameux sondages qualitatifs, ces enquêtes qui visent à déterminer le vocabulaire à utiliser, les termes à éviter, les thèmes à mettre en avant. Au delà de l’aspect financier qui peut être choquant, il y a l’aspect politique et ce que dit de la gouvernance, cette utilisation à outrance des sondages. Tous les leaders politiques sont accrocs aux sondages, notamment qualitatifs. Nicolas Sarkozy, certainement encore plus que les autres et depuis toujours. Mais ses prédécesseurs n’étaient pas en reste. Jacques Chirac faisait aussi tout tester par des instituts de sondages. Les résultats des sondages qualitatifs sont confidentiels. On sait par exemple, bien des années, après qu’en 97 des conseillers de Jacques Chirac assistaient à des séances d’enquêtes qualitatives, derrières des vitres sans teint. De l’autre coté de la vitre il y avait des français échantillonnés qui parlaient de la réforme des retraites, un peu comme des cobayes, sans savoir qui les observait. Le sondeur qui me racontait cette scène me le disait avec le ton que devait avoir l’officier allemand qui a indiqué l’emplacement de la grosse Berta aux alliés. On sait aussi par exemple que Jacques Chirac avait fait tester toutes les phrases, une par une, de son discours de vœux 2002 avant de le prononcer. Ces pratiques ont toujours cours. C’est évidement ce genre de détail que l’on aimerait connaître mais pour des raisons politiques évidentes l’Elysée ne révélera pas ces petits secrets. Pour des raisons commerciales tout aussi évidentes les instituts de sondages seront aussi des tombes. Croyez-moi, cette grosse Berta la, est bien planquée.**

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