Jean-Louis Borloo, le recalé du remaniement, est en passe, paradoxalement, d’en devenir le grand vainqueur. La façon dont le président a ostensiblement évoqué ses qualités, mardi soir à la télévision, la façon dont il a laissé entendre, quasiment explicitement qu’il pouvait encore jouer un grand rôle, le place en situation de réserve assez confortable et valorisante. Nicolas Sarkozy a ainsi dévoilé sa stratégie en affirmant également que finalement Jean-Louis Borloo était peut être plus utile pour lui (Nicolas Sarkozy) à l’extérieur qu’à l’intérieur. C’était bien sûr une façon de nous faire croire que c’était lui qui avait choisi cette situation alors qu’il apparaît clairement que la majorité, dite présidentielle, a imposé au chef de l’Etat son Premier ministre, une première dans la Vème République. Mais le favori du Président (réprouvé par la majorité du même président) vient d’être intronisé, premier ministre de remplacement. La façon dont Jean-Louis Borloo a été raccompagné sur le perron de l’Elysée par Nicolas Sarkozy après leur long et (nous dit-t-on) amical déjeuner, filmé de l’extérieur du palais, à travers les grilles, reproduit exactement les mêmes images que celles de la rencontre Sarkozy/Fillon de dimanche soir après le remaniement. Le président que tout le monde dit, démonétisé, bientôt encore plus affaibli par l’affaire de Karachi, encerclé par les chiraquiens qui occupent maintenant tous les postes clefs du gouvernement et de l’UMP, le président donc, affirme en manifestant tant d’amitié à celui qu’il n’a pas pu nommer, qu’il n’a pas perdu toutes les manettes puisqu’il n’a pas renoncé a considérer Jean-Louis Borloo comme une alternative à François Fillon. Dans quatre mois, il y a les cantonales et en septembre 2011, les sénatoriales. Le Sénat peut passer à gauche et la situation politique du pays ne serait alors plus tout à fait la même. Ce pourrait être le temps de Jean-Louis Borloo. Tout ça est, bien sûr hypothétique mais il s’agit de faire vivre l’alternative et, comptez-y, Jean-Louis Borloo qui affirme avoir retrouvé sa liberté de parole va l’utiliser pour critiquer, non pas le Président mais le Premier ministre. Et quid de cette menace de Borloo de se présenter en 2012 ?Personne n’y a vraiment jamais cru et surtout pas le Président. Jean Louis Borloo n’est pas fait pour ça, il l’a dit et écrit par le passé. Le parti radical, son parti, ne représente que des élus qui le sont grâce à la superstructure de l’UMP. Le risque pour Nicolas Sarkozy n’est donc pas que le bouillonnant centriste ajoute sa candidature à celle de Villepin, Bayrou et peut être Morin pour chasser les voix des modérés, le risque c’est tout simplement que Jean-Louis Borloo, dépité, humilié se tourne, vers Dominique Strauss-Kahn s’il venait au patron du FMI l’idée de se présenter. Borloo et Strauss-Kahn s’apprécient… Cette hypothèse est évoquée par plusieurs proches de l’ancien ministre de l’écologie. Est-elle crédible ? En tout cas, elle a le mérite d’exciter la subite amitié et l’admiration démesurée du président qui n’ayant pas eu le cran de nommer Borloo à Matignon ne veut pas le voir passer chez l’ennemi. Il ne serait pas étonnant de voir quelque fois, dans les prochains mois les deux hommes (Borloo et Sarkozy) déjeuner ensemble et se faire de beaux sourires complices avec de chaleureuses poignées de main savamment photographiées à travers les grilles du grand portail de la rue du Faubourg Saint-Honoré. Nicolas Sarkozy qui voulait moderniser la Vème République à surtout réussi à ressusciter certains aspects, les plus ridicules, de la IVème République.

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