L’UMP n’a pas de vainqueur !

Oui, la démocratie ça s’apprend, c’est une école et là, visiblement l’UMP n’est qu’en maternelle… et encore, dans la cour de récréation. Le fait que les résultats soient serrés à ce point montre pourtant que la campagne était vivante et réelle. Ça aurait d’ailleurs pu être l’argument suprême de la maturité d’un mouvement politique issu d’une tradition bonapartiste, et qui a su se départir de ses habitudes d’autoritarisme interne. Les contestations, les tricheries ici ou là, auraient pu apparaître comme des péchés véniels, à mettre sur le compte du zèle et de la passion militante. Mais ce qui vient tout gâcher, et qui fait que cette nuit ridicule ne sera pas qu’un aléa classique des soirées électorales incertaines, c’est bien la déclaration de victoire, en bonne et due forme de Jean-François Copé. Le secrétaire général de l’UMP, prend la couronne de président et se la pose tout seul sur la tête. Cette sorte de pronunciamiento, alors même que la commission, (la désormais célèbre COCOE, avec son jolie nom d’oiseau exotique) chargée de proclamer les résultats, se dit incapable, pour l’instant, de désigner le gagnant. Le député-maire de Meaux a fait là -allant jusqu'à prononcer les mots de la magnanimité convenue envers le perdant à qui il faut tendre la main- une erreur qui aura des conséquences certainement plus importantes, que celles, normales et passagères, inhérentes à une simple très courte victoire.

Pourtant, 50/50 hier soir, on peut dire que c’est déjà une victoire politique pour Jean-François Copé.

Bien sûr et sans cette attitude de colonel sud-américain des années 60, Jean-François Copé aurait pu, en attendant les résultats définitifs, souligner ce qui est effectivement une victoire politique pour lui. Parce que contrairement à ce que l’on avait pu croire, il y a eu, entre les deux candidats, de vraies différences de lignes politiques. Ce n’était pas qu’un choix de personne. La droite dite décomplexée, préférant mettre des mots sur les questions identitaires qu’elle considère être au cœur des préoccupations de son électorat, sort victorieuse de ce scrutin. Il y avait aussi, hier soir, un vote sur les différentes motions. Les résultats ne sont, là non plus, toujours pas très clairs mais il apparaît tout de même que le texte de Guillaume Peltier, intitulé « La Droite Forte », soit arrivé en tête… c’est un texte directement inspiré de Patrick Buisson, le chantre de la reconquête de l’électorat populaire via le discours identitaire. On peut donc, déjà définir ce matin, à travers le brouillard des polémiques et tricheries, ce qu’est la couleur politique de l’UMP. Le constat, rassurant pour Jean-François Copé va à l’encontre des enquêtes d’opinion sur ce que pensent les sympathisants de l’UMP. Ce n’est pas, contrairement à ce que claironnent les partisans du maire de Meaux, que les sondages soient faux, c’est que les sondages portent sur l’ensemble des électeurs de l’UMP et non pas sur les 200.000 militants encartés avant le scrutin. Il y a donc un décalage entre le cœur des militants UMP et le sentiment général de l’électeur de droite, entre la moitié des 150.000 personnes qui ont voté hier et les quelques 15 millions d’électeurs potentiels de l’UMP. Mais si l’on combine les deux événements politiques qui impliquaient la droite ce week-end, l’élection d’hier et le succès de la manifestation de samedi contre le mariage homosexuel, la droite militante et décomplexée est désormais, comme le prétend Jean-François Copé, une réalité politique en France.

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