Ce matin Thomas Legrand « refait » la chronique de Dominique Seux d’hier !

Oui, pour faire une lecture politique du sondage publié hier par Les Echos et qui montre que les Français acceptent l’idée que l’Etat réduise encore ses dépenses. Il ne faut pas trop vite en conclure que les Français sont prêts à tout accepter mais l’idée qu’il y a des efforts à faire est maintenant largement acquise, même à gauche. Bien sûr des économistes et des politiques débattent de la question –loin d’être évidente- des effets du niveau de la dépense publique sur la croissance et donc sur l’emploi. Ce sondage, très instructif, sera analysé par les promoteurs de la rigueur comme la révélation d’une prise de conscience salutaire. Ceux qui pensent qu’il ne faut pas tarir les sources de la croissance y verront plutôt le résultat d’un endoctrinement néolibéral mortifère. Mais ce sondage a ses limites (que ces concepteurs ne nient pas d’ailleurs) parce que derrière chaque proposition d’économie, il aurait fallu un long développement détaillant les conséquences qu’entraîneraient les diminutions de dépense proposées. On sait très bien que le gros des économies encore possibles se trouve maintenant sur les prestations sociales. 60% des sondés se disent d’ailleurs favorables à leur gel ! Les réponses n’auraient pas été les mêmes si l’on avait détaillé ces dépenses par le menu parce que derrière le terme « dépenses publiques » au pluriel il y a l’idée de l’intérêt général, et derrière ce terme au singulier il y a les intérêts particuliers.

Voilà pourquoi les questions budgétaires ont une place à part dans le débat démocratique…

Oui elles relèvent de la responsabilité des élus. C’est un domaine complexe, d’interdépendances et qui ne peut pas être intégré dans la sphère de la démocratie d’opinion, de la démocratie directe. Les finances publiques, c’est le cœur de la démocratie représentative, de la délégation. C’est d’ailleurs pourquoi la loi de finances n’est pas votée selon les mêmes règles que les lois courantes. Il y a beaucoup plus de contraintes pour le législateur. Voilà pourquoi, dans une coalition, un parti peut, ponctuellement ne pas voter tel ou tel texte, sans pour autant se mettre au ban de la majorité, mais ne peut en aucun cas voter contre le budget. Les écologistes sont d’ailleurs face à ce dilemme en ce moment. Le fait que les questions de finances publiques ne puissent pas faire partie, dans le détail, du débat de l’opinion, rend la responsabilité des gouvernants beaucoup plus importante. Et c’est un vrai déni de démocratie de ne pas avoir été plus précis, plus explicite –pendant la campagne- sur les conséquences d’une politique de rigueur budgétaire qui était pourtant annoncée avec l’objectif des 3% de déficit. Souvenez-vous pendant la campagne, les journalistes ont interrogé à maintes reprises François Hollande et ses futurs ministres sur ce sujet. A chaque fois il n’était question que des priorités : éducation, justice, sécurité, jeunesse. Pour tout le reste, c'est-à-dire pour le détail des économies il y avait un flou et donc un loup pour paraphraser Martine Aubry. Etre plus précis, c’était peut-être risquer de se faire battre… Mais aujourd’hui c’est la capacité de faire adhérer la population à ce que le Président croit nécessaire qui est gravement altérée. Ce matin dans Les Echos Jean –Marc Ayrault annonce qu’il part à la chasse au loup. L’exercice de clarification commence enfin ! Le « parler vrai et clair » -surtout sur les sujets de finances publiques- ce n’est pas qu’une question de morale politique, c’est aussi un gage d’efficacité.

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