Vous revenez sur le vote au Conseil de Paris contre la tour Triangle… Une caricature de la politique française, dîtes-vous.

Oui, et c’est assez dommage parce que c’est plutôt dans la politique municipale que l’on pouvait constater les pratiques les moins bêtement partisanes. Beaucoup de votes et de délibérations s’y déroulent –sans que l’on en parle beaucoup- sur des questions assez concrètes, qui échappent aux clivages classiques. Le maire, en France, a énormément de pouvoir et pourtant la vie démocratique municipale semble toujours plus proche de la population, moins politicienne que celle des autres échelons de représentation. La droite parisienne, qui avait pourtant soutenu ce projet par son vote, à chaque étape préalable, est, sur ce coup, aussi politicarde que l’était la gauche nationale, quand, par exemple, elle n’avait pas voté (et failli faire capoter) la réforme des institutions voulue par Nicolas Sarkozy en 2008. Cette réforme qui donnait plus de pouvoir au Parlement et limitait le nombre de mandats présidentiels à deux, était certes moyennement ambitieuse, mais elle allait exactement dans le sens que défendait la gauche depuis des années. Le PS de 2008 avait préféré voter contre Nicolas Sarkozy plutôt que pour une bonne réforme. NKM fait de même avec la tour Triangle et Anne Hidalgo.

Mais dans les conseils municipaux, on assiste quand même souvent à des débats houleux !

Oui, mais sur des logiques plus politiques plus que politiciennes. Les élus municipaux savent mieux que les parlementaires nationaux se retrouver, par exemple, sur des questions d’équipements ou d’infrastructures. De même, des majorités peuvent se séparer ponctuellement pour de bonnes raisons. Les écologistes n’ont pas voté pour la tour Triangle dont ils combattent la logique depuis toujours. Dans un autre domaine, les communistes, qui font pourtant partie de l’exécutif parisien, se sont logiquement opposés aux subventions de la ville aux agences de notation (ils ont d’ailleurs été rejoints pour la première fois par la droite sur ce sujet aussi)… Dans une démocratie vivante, les majorités et les oppositions ne devraient pas être automatiques… La vie municipale le démontre souvent et c’est aussi pour ça que les maires sont les politiques les moins décriés par nos concitoyens. L’exemple le plus frappant, c’est Lille. Martine Aubry gouverne sa ville de façon certes assez autoritaire mais avec une efficacité concrète reconnue de tous. Sa majorité est ouverte. On y trouve des centristes du Modem. Au niveau national, c’est cette même Martine Aubry qui avait insisté pour que le PS présente un candidat aux législatives à Pau contre François Bayrou. Bayrou qui venait pourtant d’apporter sa pierre à l’élection de Hollande ! Aubry interdisait ainsi un élargissement de la majorité qui pourtant aurait correspondu à la politique, finalement assez centriste, menée depuis 2012. Le clivage artificiel est donc une pratique courante au niveau nationale. NKM, qui prétend faire partie d’une génération qui veut renouveler la politique, vient de l’importer au niveau municipal.

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