Ce matin, L'Édito Politique s'intéresse au regard que les Français portent sur eux-mêmes après les attentats.

Oui, à chaque évènement traumatique, notre pays finit toujours par s’interroger sur lui-même. Un attentat, une attaque aussi barbare que celle de vendredi, suscite en nous une montagne d’interrogations. Pourquoi nous ? Pourquoi comme ça ? L’explication géopolitique, la France en pointe dans la lutte contre le djihadisme en Afrique et au Proche-Orient, est certainement la raison principale, peut-être même la seule valable…et pourtant, elle ne peut pas suffire à notre entendement. Du coup on cherche une spécificité, une raison profonde qui expliquerait pourquoi nous, et parmi nous, pourquoi ce quartier de Paris, pourquoi un concert de rock, pourquoi des terrasses de cafés ? Ils auraient pu s’attaquer à une église, ça viendra peut-être un jour. Le sens des attentats aurait été différent. Des réponses évidentes sont répétées depuis samedi matin, ce qui a été attaqué en janvier et en novembre, c’est le métissage, le modernisme sociétal, l’athéisme ou le sécularisme, l’égalité des sexes, le blasphème, la liberté des moeurs, le débat intellectuel libre et débridé, tout ce que déteste la folie djihadiste. On ne s’en rend plus compte mais ce cocktail de liberté et d’art de vivre est une spécificité française, aux yeux du monde. Bien sûr, laFrance n’est pas le seul pays où l’on s’amuse, et où l’on est libre ! Ce n’est même pas le pays le plus avancé sur les questions sociétales, mais c’est sans doute le seul pays qui entretient avec la religion une méfiance, une distance, un respect sous surveillance. Ces derniers mois, parce que certains intellectuels déprimés ont alimenté le déclinisme ambiant sur fond d’enlisement économique et social, nous nous dénigrions en permanence. Et les tenants d’une identité enracinée et traditionaliste commençaient à nous faire douter.

Mais la réaction bouleversée des étrangers nous a rappelé ce que nous étions…

Oui, ils nous ont tendu un miroir de nous-mêmes, et ce miroir est plutôt flatteur. Parce que l’immense émotion qui s’est manifestée à travers le monde était d’une qualité particulière. Il suffit de lire les déclarations, les articles de la presse internationale pour se rendre compte que c’est l’art de vivre, l’hédonisme même, la liberté, l’intellectualisme, le "goût", une certaine forme de "légèreté" essentielle qui était visée. La teneur de ces réactions dessine une France enviée, une France qui sait encore vivre, boire et manger, aimer, une France que nous ne savions plus voir ou trouvions un peu « carte postale ». La réponse apportée mardi soir dans les bistrots parisiens, cette forme de résistance dérisoire, ironique et goguenarde de "Jean Moulin de comptoir", les mots d’ordre « Je suis en terrasse » ou « Tous au bistrot », la reprise très rapide des spectacles, des concerts, l’avidité à braver la peur de sortir… nous montrent finalement que notre identité tient plus à la façon dont nous avons choisi de vivre que à notre sang ou notre religion. C’est ce que dit la Une de Charlie Hebdo «Ils ont les armes, on a le champagne ». En réalité, nous avons le champagne…et aussi les armes…

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