Vous revenez sur le rapport rendu public dimanche sur les homicides conjugaux.

Oui, rapport établi par l’Inspection Générale de la Justice. Le constat des disfonctionnements en chaine est terrifiant, même s’il ne surprendra pas le monde associatif. Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, ne cherche pas à minimiser… Il ne s’agit pas simplement de pointer tout ce que l’on sait : la faiblesse du taux de signalements ou de plaintes, le taux encore plus faible d’enquêtes … Et quand il y a enquête, dit le rapport, elle est souvent superficielle, menée à la va-vite. La ministre de la Justice propose même de réfléchir à cette question très sensible : revenir sur le secret médical. Débat complexe. Au départ, bien souvent, il y le signalement par le corps médical mais seulement avec l’assentiment de la victime. Les médecins et les juristes sont appelés à inventer de nouvelles procédures pour à la fois ne pas perdre les avantages (éthiques et pratiques) du secret médical et pour que les mailles du filet de la violence conjugale se resserrent dès les premiers signes. Le thème du féminicide et des violences conjugales ou familiales est un cas d’école concernant le rapport du politique au réel s’agissant de la sécurité…

Pourquoi ?

Et bien parce que dans le traitement du thème de l’insécurité par les responsables politiques, jusqu’à ces derniers temps, les violences familiales, les violences sur les femmes et les enfants (qui représentent pourtant la plus grande part de l’insécurité) n’étaient jamais évoqués. Ça n’était pas un sujet... ou alors annexe, hors du champ de la politique sécuritaire. Pourtant, sur les 800 homicides par an en France, le féminicide représente la plus grande part (sauf les années noires en attentats comme 2015). Gendarmes et policiers le disent… le plus souvent leurs interventions en urgence se déroulent dans le cadre de conflits intrafamiliaux. Or, quand on parle de l’insécurité dans le débat politique, quand on brandit des chiffres et fait des promesses ou des lois, cet aspect-là était passé sous silence. Les champions du discours sécuritaires, ceux qui en ont fait leur beurre politique, se sont sculptés une image d’autorité sur ce thème inépuisable, ne s’intéressaient pas à la 1ère cause d’insécurité, cause sociale et anthropologique, cause, il faut le dire, politiquement peu rentable (et même risquée) parce qu’elle ne pointe pas de bouc émissaire, si ce n’est le genre masculin (la moitié de la population). Le discours sécuritaire était donc déconnecté de la réalité de l’insécurité. Mais ça change. Le gouvernement en a fait une priorité, les médias jouent aussi le jeu avec ce décompte macabre mais utile du féminicide... Féminicide, concept d’ailleurs toujours contesté parce qu’il n’est pas encore (en France du moins) reconnu comme une qualification juridique. Mais ce terme est maintenant bien installé dans le débat. Des mesures seront annoncées le 25 novembre, à l’issue du Grenelle sur les violences conjugales. La politique, sur ce point, aura alors (si les solutions proposées sont audacieuses) fait un pas décisif vers le réel.

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