Ce matin un miracle ! Les intellectuels de tous bords ont trouvé une cause commune rare : la réouverture des lieux de vente de sa production, les librairies, des PETITES librairies… Or ce sont des endroits propices à la transmission du virus…

Oui miracle ! Les intellos de gauche, les fameux bobos germanopratins… et leurs pires ennemis, les intellos réacs, les nouveaux champions de la pensée conservatrice à la mode… tout ce beau monde qui d’habitude s’écharpe par pages Idées ou Opinions de Libération et du Figaro interposées, tout ce beau monde s’est réconcilié, a trouvé une cause commune rare : la réouverture des lieux de vente de sa production, les librairies. Les PETITES librairies… 

Pour avoir plus de chances d’être suivi, le mieux c’est de défendre de petites choses : petits producteurs, petits paysans, petits artisans… là, ce sont les petites librairies. 

Bien sûr, ce que vivent les libraires est terrible et angoissant mais on est frappé de la mobilisation de tout ce que la France compte de grandes voix intellectuelles pour les seuls libraires. Alexandre Jardin appelle même à la désobéissance civique (quel beau récit de résistance cela fera !). Les fleuristes, les coiffeurs, les marchands de jouets, de meubles, de chaussures, les artisans (hors alimentation), bref, tous ceux qui entendent toute la journée que leur activité n’est pas essentielle aux autres, n’ont pas droit aux pétitions de stars du monde de la culture pour exiger leur réouverture. Ils n’avaient qu’à vendre des livres ! 

Les livres ne sont pas des produits essentiels ?  

Pour survivre pendant une pandémie non, pour vivre oui, bien sûr ! 

Et puis surtout, on peut en avoir, en commander à son libraire habituel, qui peut même vous l’envoyer si vous êtes en zone rurale ! Simplement on ne peut plus (pour l’instant) fureter dans les rayons. Hier, ici même, Sylvain Tesson avait l’air de considérer que garder les librairies fermées encore quelques semaines équivaudrait à un autodafé national… 

Mais les livres ne sont pas des produits périssables. 

Tous ceux que vous n’aurez pas pu acheter, vous pourrez les acheter en janvier ! Toutes ces grandes voix, au-dessus des contingences matérielles, devaient d’ailleurs se gausser devant ‘l’hystérie collective’ du bon peuple qui faisait des provisions démesurées de pâtes et de papier toilettes ! 

Le papier qu’ils vendent, eux, n’est pas de toilettes… mais ont-ils l’air moins hystériques à vouloir absolument se ruer dans leurs petites librairies alors qu’on leur demande quelques semaines de patience, et qu’ils n’ont certainement pas lu (ou relu !) tous les livres de leurs belles bibliothèques en chêne ! 

Parce qu’une librairie (surtout petite), on y discute, on touche, ouvre, referme et repose les livres ! 

La vraie bataille à mener, c’est obtenir un plan de sauvetage pour l’après confinement. 

Il est en cours d’ailleurs. J’espère que Timothée, mon libraire de quartier, me pardonnera. Il reste quand même le clic and collect pour se procurer, par exemple, le dernier livre de Dominique Seux… Bon, il date de 2017 mais il avait un titre à toute épreuve… que j’emprunte pour finir ce billet : La France va s’en sortir ! 

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