Tous les soirs à la tombée de la nuit, la rupture du jeûne des musulmans qui font le Ramadan donne lieu à de véritables festivités autour d'un dîner. Et de plus en plus souvent, les hommes politiques français se joignent à ces apages. Lundi soir à la Grande Mosquée de Lyon, ils étaient tous là. Le recteur de la grande mosquée Kamel Kabtane, le cardinal, catholique, Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. Et aussi le maire Gérard Collomb. Mais aussi Dominique Perben, actuel ministre des transports, surtout candidat à la mairie. Ils ont diné tous ensemble pour la rupture du jeûne du Ramadan. Hier soir, dans les salons dorés du Quai d'Orsay, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy lui aussi a partagé l'Iftar, le repas de rupture du jeûne, avec les ambassadeurs des pays de la Ligue arabe, avec des intellectuels catholiques, musulmans, croyants ou athés. Le 30 septembre dernier, le maire de Paris Bertrand Delanoë accueillait 5 000 personnes à Charléty pour une sorte de festival concert du ramadan. Nicolas Sarkozy, ministre des cultes a gouté à l'harira, la soupe traditionnelle de rupture de jeûne à la Mosquée de Paris fin septembre. Une première pour lui. Quelques jours plus tard, c'était au tour de Michèle Alliot-Marie. Ces scènes, des maires, des ministres, des candidats aux côtés des musulmans à l'occasion de l'Iftar, sont nouvelles dans la république française. Même si elles ne sont pas inédites. Mais pourquoi aujourdh'ui, cet empressement à s'afficher à ces dîners ? Intérêt électoral alors que les musulmans de France représentent 4 à 5 millions de personnes en France, et donc d'électeurs potentiels ? Sans doute, mais ce serait bien réducteur que d'arrêter à cela la démarche des élus. Dans l'entourage de Bertrand Delanoë, précurseur en la matière, on souligne que sortir l'islam de l'ombre, c'est la meilleure façon de le banaliser. Pas question, dit-on, d'aller à l'encontre de la laïcité à la Française, mais ce qui importe au maire de Paris dans cette cérémonie, c'est le moment de partage qu'elle représente. Se servir de ce mois de partage, de fraternité qu'est le Ramadan pour les musulmans pour ouvrir le dialogue des cultures et des civilisations, c'était aussi le message hier soir de Philippe Douste Blazy aux ambassadeurs arabes. Tenter d'amoindrir le "choc des ignorances" comme l'a appelé Jacques Chirac quand d'autres parlent de "choc des civilisations", exposer aussi la laïcité à la française sinon en modèle en tout cas en exemple pour participer à l'adaptation de l'islam à la modernité, voilà l'objectif. C'est un fait que l'islam est devenu aujourd'hui un enjeu dans les relations internationales. C'est un fait que l'islam et les tentations communautaristes qu'on voit aujourd'hui à l'oeuvre dans certaines banlieuues, sont devenus des enjeux de la société française. En participant à ces dîners de concorde et de partage, les responsables politiques espèrent conforter les éléments les plus modérés de l'islam de France contre les forces les plus extrêmistes. Pendant longtemps, faute d'intérêt, de compréhension et de moyens, ils ont abandonné dans les quartiers difficiles devenus des ghettos, tout ce qui fait la cohésion sociale aux Barbus. Aujourd'hui, parce que le monde aussi leur a ouvert les yeux, ils espèrent reprendre la main. Si l'Iftar sert aussi à cela !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.