Le nucléaire va devenir, après les régionales, l’une des questions centrales, si ce n’est LA question centrale du débat à gauche. Parce que si le nouvel équilibre des forces de l’opposition se confirme, c'est-à-dire si l’on se retrouve, à gauche avec un PS suivi de quelques points par le pôle Europe-écologie, il va falloir que ses deux forces envisagent de travailler à un accord de gouvernement, une alternative pour 2012. L’évolution sociologique des droites a permis à la majorité d’afficher une certaine unité idéologique. Retrouver les vielles distinctions gaullistes, libérales, radicales à l’UMP est aussi incongru que de rechercher une commode Louis XVI chez IKEA… et finalement dés lors que la droite a réglé la question du leadership et réussi à minimiser son extrême, elle n’a plus trop de problème de cohérence. A gauche c’est le contraire. Du temps de la domination PS/PC, finalement c’était plus simple. Socialistes et communistes étaient certes très différents, mais il y avait matière à négocier puisque que ce qui les différenciait principalement c’était la part que chacun voulait réserver à l’Etat dans l’économie. Quand il y a une différence de degrés et non pas de nature, on peut plus facilement se mettre autour d’une table pour parler programme. Aujourd’hui entre socialistes et écologistes les différences ne sont pas de degrés mais de nature. Les socialistes Français ont une forte tendance productiviste et industrialiste, et en bon Keynésiens « redistributeurs », ils sont convaincus du rôle moteur de la consommation. Les écologistes sont de plus en plus critiques envers la croissance, ils veulent un changement radical des structures de l’économie française. Et le nucléaire ?Et bien c’est le noyau de la contradiction entre socialistes et écologistes. Cette question concentre tous les ingrédients d’opposition entre ces deux principales forces. En effet si, entre communistes et socialistes on peut être plus ou moins étatiste ou interventionniste, on ne peut pas être plus ou moins pour ou contre le nucléaire. On est pour ou on est contre. Point. La seule possibilité de s’entendre sur ce terrain serait que les écologistes deviennent pour ou que les socialistes deviennent contre. Vu comme ça on ne voit pas l’issue. Socialistes et écologistes peuvent très bien gérer des municipalités, des départements ou des régions ensemble et mais on ne voit pas comment ils peuvent proposer une alternative crédible, opposable à une droite parfaitement cohérente sur ce sujet central, sans avoir résolu cette question. Le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre est présenté par certains écologistes particulièrement centrés sur la question du réchauffement climatique comme une solution. Cette réflexion existe par exemple chez certains proches de Nicolas Hulot. Cette voie est l’espoir des socialistes mais c’est une fausse route car les tenants de cette théorie sont extrêmement minoritaires et violemment combattus au sein de leur famille. Alors on voit quelle est la solution qui se dessine: les écologistes pourraient accepter le nucléaire en faisant admettre aux socialistes un plan à plus ou moins long terme de dénucléarisation de la politique énergétique. Ce serait un compromis bancal assez facilement attaquable. Le Nucléaire risque donc d’être le talon d’Achille de la gauche. Nicolas Sarkozy le sait et fera tout pour que les forces socialistes et écologistes s’équilibrent ces prochaines années.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.