Jean-Marc Ayrault vit un enfer ! Matignon est-il vraiment le poste maudit de la Vème république ?

« L’enfer de Matignon », c’était le titre d’un documentaire de Raphaëlle Baqué et c’est le constat que l’on peut dresser après 54 ans d’existence de cette institution, tête à claques de l’exécutif bicéphale. Matignon c’est la cabine du grutier sur un chantier infini. Le Premier ministre est aussi le chef de la majorité et quand la majorité est composée de socialistes, à la tradition parlementariste, donc férus de débats et de controverses, ça ne facilite pas les choses. Jean-Marc Ayrault subit un opprobre quand même un peu trop rapide. Il est aussi victime de l’emballement médiatique. Chaque nouvelle majorité doit s’adapter à l’information en continu et à l’évolution exponentielle des réseaux sociaux qui rendent tout débat inflammable. Mais réduire l’impopularité de Jean-Marc Ayrault à une sévérité médiatique est un peu court. Le sentiment d’impuissance pendant la crise, alors que durant six mois de campagne présidentielle, chacun a montré ses biscotos en disant : « moi je peux », achève de désespérer l’opinion. On explique souvent l’impopularité des premiers ministres par la multiplication des couacs entre les membres de son gouvernement ! C’est un classique : un ministre donne son avis, ça ne correspond pas à l’arbitrage en cours, il est recadré. Ça nous fait une semaine d’actu ! Ces mini-psychodrames ne forment pas (du moins faut-il l’espérer) la base de l’impopularité. Mais ils l’entretiennent et la précipitent à la vitesse d’un clic, d’un tweet ou d’un zapping ! Car l’impopularité est alimentée par cette impression d’amateurisme. Non seulement les manettes du grutier ne répondent pas toutes, mais quand elles répondent on se demande s’il a vraiment son permis d’engin de chantier !

Alors, quid de l’avenir de Jean-Marc Ayrault ?

Son avenir est inscrit dans la qualité (si l’on peut dire) de son impopularité. Si l’impopularité vient d’une action incomprise mais assumée et qui devrait porter ses fruits, elle serait un gage de courage et de ténacité… vous connaissez le refrain : « je suis prêt à affronter l’impopularité pour faire ce que je crois bon pour le pays »…le chantier est pénible, il gêne les riverains mais quand l’édifice sortira de terre, tout le monde oubliera les désagréments des travaux. Si en revanche l’impopularité est liée à la maladresse et à l’amateurisme du grutier… il faudra bien en changer. Mais changer le Premier ministre c’est une habitude qui s’est perdue. Nicolas Sarkozy a inauguré le premier ministre accessoire et quinquennal. Il faut dire que généralement un président se débarrasse de son chef de gouvernement exsangue pour prendre un nouveau départ. Encore faut-il que la cote de popularité du Président soit, au moins un peu plus gaillarde que celle du premier ministre ! On ne change pas un fusible en état de marche pour sauver une ampoule grillée. Nicolas Sarkozy, qui avait l’air d’habiter l’Elysée et Matignon à la fois, était, de ce fait, moins populaire que son fantôme de premier ministre. Du coup il a dû le garder même quand il voulait s’en débarrasser. Dans le cas de Jean-Marc Ayrault c’est un peu différent, pour l’instant. Le fusible à l’air d’aller encore moins bien que l’ampoule. Bref, fusible ou grutier… d’après mes métaphores de travaux publics ou de bricolages domestiques, l’horizon de Jean-Marc Ayrault à Matignon ne semble pas aller jusqu’à 2017.

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