Ce matin vous vous demandez pourquoi Emmanuel Macron ne participe pas à la primaire des socialistes.

Oui, Emmanuel Macron répète qu’il ne veut pas passer par la primaire socialiste. En réalité, je me demande pourquoi Emmanuel Macron fait tant de déplacements, tant de discours, pourquoi il abat tout ce travail conceptuel, pourquoi il dépense tant d’énergie à élaborer un programme avec ses volontaires de En marche, pourquoi il lève tant d’argent pour, au fond, n’avoir aucune chance d’être élu président. Quel espace pourrait avoir Emmanuel Macron dans un environnement politique occupé par un candidat de droite (plus François Bayrou si Nicolas Sarkozy gagne la primaire de son camp), un candidat socialiste issu de la primaire, un candidat écologiste, et Jean-Luc Mélenchon bien installé ? Alors que s’il s’engageait dans le cadre de la primaire du PS et de ses environs, il aurait une chance non négligeable de l'emporter. Mais surtout, avant cela, de susciter et d’enfin trancher un débat à gauche entre les tenants d’un social-colbertisme montebourien, d’une social-démocratie-autoritaire vallsienne ou de compromis hollandaise et… d’un social-libéralisme macronien. Ce débat interne à la gauche serait intéressant et salutaire. Il représenterait une confrontation d’idées beaucoup plus franche et typée que ce qui avait prévalu lors de la primaire de 2011. Le seul chemin possible vers la victoire en 2017, ou vers le leadership de l’opposition jusqu’en 2022 pour Emmanuel Macron, passe à l’évidence par la primaire socialiste.

Mais si Emmanuel Macron ne s’y présente pas, c’est peut-être parce qu’il n’est pas socialiste…Tout simplement !

Un détail ! Emmanuel Macron n’aurait aucun problème à trouver les parrainages socialistes pour concourir. Et puis les primaires, désormais, dépassent le cadre des partis organisateurs. On le voit bien avec la primaire de la droite et du centre qui intéresse au-delà des limites de ce camp. Emmanuel Macron dit qu’il est de gauche, même s’il juge ce clivage autobloquant et mal défini. Une primaire ouverte, avec quelque 10 000 bureaux de vote à travers la France, prendra l’ampleur correspondante au débat que créerait la diversité des participants. Si Emmanuel Macron, par son libéralisme économique (terme qu’il réfute), peut apparaître de droite aux électeurs de gauche, en revanche, sur les questions de société, d’éducation, la politique de la ville, sur l’acceptation et même la valorisation de la différence, sur une laïcité décrispée ("aucune religion n’est un problème ", dit-il), sur l’accueil des réfugiés qui est, selon lui, "un devoir historique", sur les libertés publiques aussi, il peut aisément apparaître plus à gauche que Manuel Valls, et même à certains égards, qu’Arnaud Montebourg… L’éloignement, je vais peut-être un peu vite en besogne mais l’éloignement de la perspective d’une candidature de François Hollande change la donne. Certains des proches de Macron militent, en ce moment, pour que leur héros s’engage dans la primaire socialiste. Il n’est d’ailleurs pas exclu que cette solution soit aussi logée, dormante, attendant que les conditions soient réunies… quelque part dans le cerveau d’Emmanuel Macron lui-même.

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