Ce matin, le vrai et le faux en politique...

Il faut lire La faiblesse du Vrai, de Myriam Revault d’Allonnes, publié ces jours-ci au Seuil... Il y est rappelé, après Hobbes, que la raison, comme l’opinion,  produisent ce que l’on appelle des vérités : vérités de raison et vérités d’opinion. En politique, il est souvent difficile de les hiérarchiser ou même de les distinguer. Pourtant, dans l’idéal, le débat ne peut exister que sur ce qu’il convient de faire à partir de vérités factuelles partagées. On est d’accord pour constater qu’il y a un déficit budgétaire… on discute de savoir si ce déficit est à combattre ou si au contraire, il sera facteur de croissance. Un vrai débat : deux opinions s’affrontent sur une seule vérité factuelle. En revanche il ne peut pas y avoir de débat vrai avec un climato-sceptique, par exemple. Il aura sa vérité factuelle. Le problème, c’est que les différences de vérités factuelles s’accroissent alors que nous disposons, plus que jamais, d’instruments pour établir les faits. Les réseaux sociaux noient dans un flot de vérités d’opinions, et de prétendues vérités factuelles tous les instruments (par exemple journalistiques) de validation des informations. Comme pour le goulag et une certaine gauche d’antan, on sait que Bachar El Assad est à l’origine de bombardements chimiques. De nombreuses sources indépendantes l’ont établi. Vérité factuelle recoupée. Mais il y a encore des politiques de premier ordre, en France, qui soutiennent le contraire, ou émettent des doutes, par stratégie ou accointance idéologique avec la Russie.

La vérité est devenue une opinion comme une autre en somme...

Oui et ‘c’est ma vérité’, ce terme absurde, est prononcé sans gêne. Après tout, la politique, c’est l’art de changer la réalité, de transformer ce qui EST en ce qui devrait ÊTRE ! Les responsables politiques ont tendance, avant de changer concrètement la réalité par leur action, à la tordre, dans leur discours, par une sorte de mensonge performatif. Pour accéder au pouvoir, un leader doit décrire le monde en en dressant un tableau tel que lui seul puisse être la solution. Les Américains appellent ça the ‘big picture’: le monde, selon les écologistes, est au bord de l’asphyxie, pour le Rassemblement National, le monde (donc la France) est au bord de l’invasion... Cette semaine, pour Jean-Luc Mélenchon, la France est un état policier, ces derniers temps, pour Emmanuel Macron, la France, inadaptée, était peuplée de Gaulois réfractaires. Autant de vérités d’opinions, discutables, peu propices au débat... Ce qui menace nos démocraties libérales, basées sur le respect de la diversité d’opinion, c’est que les opinions acquièrent le statut de vérité factuelle. Hannah Arendt écrivait : ‘la liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits, eux-mêmes qui font l’objet de débat’. Ces mots de 1964, à propos des totalitarismes,  sont parfaitement adaptés au monde d’Internet et des réseaux sociaux ! Pour ne pas désespérer tout à fait, signalons cette évolution repérée par les décodeurs du journal Le Monde : la popularité des sites Internet peu fiables a diminué de moitié en France depuis 2015... On se rassure comme on peut.

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