‘Il faut aider les enseignants’, entend-on beaucoup depuis vendredi : comment ?

Dans certaines situations, les enseignants ne peuvent plus être seuls pour exercer leur mission alors qu’enfants et adolescents sont submergés d’informations via les réseaux sociaux : l’apprentissage de l’esprit critique, de la liberté d’expression, passe par la capacité à différencier trois éléments :

  • l'information ou le fait
  • l’opinion 
  • la croyance

Les réseaux sociaux qui concurrencent puissamment les enseignants dans la diffusion du savoir ne font pas la différence entre ces trois éléments et même, tirent leur force et leur attractivité de les mélanger. Bien sûr, l’institution doit mieux les soutenir… mais la société toute entière aussi… 

Par exemple les journalistes (34 000 cartes de presse en France, plus les retraités de la profession) : ils pourraient, beaucoup plus, proposer leurs services pour aller ponctuellement aider les enseignants à expliquer aux élèves ce qu’est une information, une opinion, une croyance… La liberté d’expression, pourquoi est-elle constitutive de la liberté tout court. Et pourquoi la liberté n’est pas négociable. 

Ce travail en commun, presse/enseignants (à la demande de ces derniers) existe déjà. Ici à France Inter nous avons Interclass', que vous connaissez. Mais chaque journaliste qui le souhaite devrait pouvoir répondre présent aux demandes des enseignants qu’ils connaissent ou qui les contactent. Nous sommes souvent individuellement contactés… Nous répondons parfois mais ce pourrait devenir plus général et, pourquoi pas, en plus du bénévolat, organisé et financé par l’entreprise de presse et l’Education nationale. 

Profs ! Contactez les journalistes des titres généralistes et médias audiovisuels de vos régions ! 

Tout le monde s’enrichit à cet exercice. 

S’agit-il d’enseigner les ‘valeurs de la République ?’ 

Oui  mais comme le disait hier l’historien Patrick Boucheron, ‘Il ne s’agit pas d’un autre catéchisme. Le professeur n’inculque rien, il enseigne’… ‘Les valeurs de la république’ ainsi brandies ressemblent –c’est dramatique- parfois à une religion alternative et la laïcité à un carcan. Et certains professeurs hésitent encore à se saisir de la question de peur de froisser leurs élèves… 

On a pu entendre hier Jules Siran, de Sud-Education, expliquer sa crainte de ‘la mise en avant de thématiques’ qui entraineraient, dit-il, un ‘déferlement islamophobe’. Il y a donc encore des organisations et des enseignants qui pensent que le premier danger c’est, je cite, de froisser leurs élèves par ‘la mise en avant de certaines thématiques’ ! Parle-t-il des caricatures et du droit au blasphème, de l’intégrisme, tout simplement les religions ? N’est-ce pas, finalement, cette posture, la peur de froisser, qui amalgame islam et terrorisme ? Les élèves des quartiers les plus défavorisés auraient donc -si on leur évitait ‘certaines thématiques’- un enseignement tronqué. Ils subiraient alors une injustice de plus. C’est justement cette injustice que refusait Samuel Paty en faisant ce cours tous les ans. 

La plupart des enseignants font, ou veulent agir, comme Samuel Paty… C’est là qu’il faut être à leurs côtés. 

L'équipe