A la veille de l'ouverture de l'assemblée générale des Nations Unies à New York, Jacques Chirac a multiplié hier les interviews audiovisuels pour les médias français et internationaux. Une présence médiatique remarquée car plutôt rare. Et du coup la première question qui vient à l'esprit, c'est POURQUOI ? Pourquoi Jacques Chirac a-t-il pris la peine de parler quelques heures avant de s'envoler à New York, lui effectivement qui restreint au maximum ses entretiens avec la presse, en dehors des exercices obligés type interview du 14 juillet ou situation de crise. Celle conjuguée du CPE et de Clearstream au printemps dernier l'avait contraint à intervenir à la télé pour tenter de sauver son premier ministre lessivé. Alors hier pourquoi Jacques Chirac est-il sorti de l'Elysée? D'abord pour montrer qu'il était en forme. Il y a quelques jours, un ministre confiait à des journalistes sceptiques : "il y a quelques mois, Jacques Chirac semblait éprouver de la lassitude psychologique à faire son job. Là, il a retrouvé l'envie. Il est bluffant". Et bien hier, le président a prouvé qu'il était en forme. 2. Cette logorrhée médiatique avait aussi pour objectif de profiter au maximum de l'oxygène apporté par les sondages depuis cet été. Jacques Chirac sait que sa posture d'homme de responsabilité et d'homme de paix dans la crise au Proche orient sert sa popularité. Autant enfoncer le clou, explique un de ses collaborateurs à l'Elysée. Enfin, si Jacques Chirac a choisi d'intervenir c'est pour recouvrer toute son autorité politique. En conseil des ministres le mercredi raconte un participant, quand le président parle, "Y a pas un gonze qui moufte" (oui, certains ministres parlent comme ça!). Le problème, c'est qu'à l'extérieur, certains ne s'en privent pas. CF Nicolas Sarkozy évidemment, et sa virée américaine, peu appréciée c'est un euphémisme à l'Elysée. Jacques Chirac hier a donc tenu à rappeler qu'il restait jusqu'au terme de son mandat, le maître du temps. "La france de maintenant", c'est lui qui en a la charge; et dans cette France de maintenant, pas question de remettre en cause la carte scolaire ou les régimes spéciaux. "Après dans une campagne on peut tout dire et tout faire, mais ce moment là n'est pas venu" a estimé le président à l'attention de l'individu pressé de le remplacer. Nicolas Sarkozy qui voudrait que sa "France d'après" soit déjà aujourd'hui. Grand horloger du temps donc, mais aussi grand timonier de la situation internationale. Jacques Chirac a d'une phrase sèche calmé les ardeurs de groupie du candidat de l'UMP à l'égard des Etats-Unis et de Georges Bush. "Notre relation ne doit pas être une relation de soumission "a-t-il lancé. Cours magistral. Tac au tac donc sur tous les sujets avec son ministre de l'Intérieur, mais sans tacles excessifs. On n'est plus au temps du "je décide il exécute". Mais plutôt à celui de la supplique "encore une minute monsieur le bourreau, laissez-moi terminer mon boulot" raillait hier un sarkozyste, pour tout commentaire de la présence médiatique inhabituelle du président de la république.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.