Bernard Kouchner est l'invité de France Inter ce matin, un ministre des affaires étrangères décidément peu diplomate et qui pourrait carrément rebaptiser son ministère des affaires étrangères "ministère des excuses publiques", tant son va et vient permanent, "j'avance, je dis", puis "je recule, je recadre" finit par devenir une habitude ! Eh oui, même la personnalité politique préférée des français, même le plus populaire des ministres du gouvernement Sarkozy, peut donc se prendre les pieds dans le tapis. Pire apparaître, au moins aux yeux des diplomates du Quai d'Orsay, comme plus gaffeur que son prédecécesseur Philippe Douste-Blazy, dont beaucoup pensaient pourtant qu'il resterait un étalon inégalé en la matière. Mais voilà, depuis son arrivée, Bernard Kouchner les multiplie. Les gaffes et les faux-pas. Même si sur le fond, il ne fait souvent qu'exprimer un peu rapidement, un peu "cash" disons, soit ce que beaucoup pensent tout bas, soit un vrai tournant de la diplomatie française. A peine arrivé au printemps, il envisage "un recours à l'armée française" au Darfour, avant de se raviser sur les conseils de l'état major. Plus récemment, à l'issue d'une visite en Irak présentée comme le retour de la France dans la région, le ministre commet une nouvelle boulette. Dans une interview à "Newsweek", il demande la démission du premier ministre irakien. L'intéressé prend ça pour de l'ingérence, pas forcément humanitaire, il exige des excuses, et les obtient. Excuses publiques du ministre français. Le fait est rarissime. Dimanche, nouvel incident. Interrogé sur le nucléraire iranien, Bernard Kouchner affirme "qu'il faut se préparer au pire, et le pire, dit-il, c'est la guerre". Le mot tabou est lâché. La France serait prête à faire la "guerre" à l'Iran ? Indignation des autorités iraniennes, qui accusent la France de s'aligner sur l'administration Bush. Réserves des occidentaux, à l'exception des Etats-Unis, et de l'AIEA. Le ministre a donc de nouveau rétropédalé hier. "Je ne suis pas un va-t-en guerre" a-t-il corrigé, la position de la France reste inchangée : négocier, négocier jusqu'au bout avec le régime de Téhéran..." Fin de l'épisode. Que Bernard Kouchner n'ait fait que développer un sentiment, une idée, un nouvel axe stratégique avancés prudemment et à petits pas, par le président de la République, le fait est acquis. Qu'importe, il trébuche sur un vocabulaire peu approprié, et cela suffit à le fragiliser, lui, et Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy, pas peu fier depuis son élection d'avoir ravi au camp de gauche l'un de ses fleurons, mais qui aujourd'hui pourrait finir par trouver un peu saumâtre de voir son ministre régulièrement recadré, sur la scène internationale comme intérieure, pour ses propos malheureux. Car évidemment, dans ce petit monde joyeux et amical de la politique, tout le monde tombe à bras raccourcis, sur le "gaffeur". Ses nouveaux collègues de l'UMP, dont plusieurs se verraient bien à sa place, trouvent qu'il manque un peu de "professionnalisme". Ses anciens amis du parti socialiste se gaussent en privé de la "bonne affaire" faite par Sarkozy "Ah, il découvre Bernard !" s'esclaffent-ils. Ils tentent en public de le mettre en difficulté et viennent d'obtenir qu'il s'explique sur ce dossier iranien le 2 octobre prochain devant la commission des affaires étrangères de l'assemblée nationale. L'intéressé pour l'instant ne semble en rien ébranlé par tout ce charivari. Et si Bernard Kouchner avait aussi l'ambition de réformer la langue diplomatique ? "20 ans qu'il attend ce poste" affirme un de ses anciens amis, "il se croit aussi capable de cela."

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