Elections sénatoriales ce week-end et tout le monde s’en fiche ! C’est vrai que le simple fait que l’élection d’une partie des sénateurs ait à ce point si peu d’intérêt pour le débat démocratique ; qu’il n'y ait jamais aucune chance de renversement de majorité - ce simple fait en dit déjà assez sur « l’anomalie », comme la qualifiait Lionel Jospin, que représente la chambre dite Haute. D’abord, le mode d’élection du Sénat –au suffrage indirecte et par les élus locaux- est à peu près aussi démocratique qu’un conseil de famille albanais. L’article 24 de la constitution dit que le Sénat assure « la représentation des collectivités territoriales de la République », mais le mode de désignation favorise les zones peu peuplées, ce qui fait dire au professeur de sciences politiques, Paul Allies, que le Sénat « reste fidele à une France rurale fantômatique ». Il faut voir comment se passe une campagne sénatoriale. C’est une campagne de notable, d’antichambre et d’arrangement, hors sol ! Combien de Français connaissent le nom de leur sénateur ? Généralement, c’est un cumulard ou un candidat battu à de précédentes élections au suffrage universel direct. Ainsi, Jean-Pierre Chevènement ou Charles Million vont tenter un retour en intégrant le Sénat - un peu comme on entre aux Hespérides. Mais les sénateurs sont aussi des parlementaires qui savent prendre le temps de la réflexion. La critique du Sénat c’est une défense du parlementarisme. C’est vrai que les sénateurs prennent le temps et améliorent parfois des lois - ils en bloquent et en retardent aussi beaucoup. Mais surtout, on juge la qualité de leur travail à l’aune de celui des députés. Le problème, c’est que les députés n’agissent pas en législateurs mais en élus locaux et d’ailleurs, les citoyens le prennent souvent pour le représentant de leur circonscription à l’assemblée - ce qu’il n’est pas sensé être. Un député représente la nation, toute la nation, même s’il est élu par une petite parcelle. Sa terre d’élection lui permet de garder le contact avec la population mais il n’est pas le lobbyiste de sa circonscription. Il y a les conseillers généraux ou régionaux pour ça. Un député qui aura écumé toutes les réceptions d'anciens combattants, toutes les inaugurations de lycées Jacques Prévert ou Jules Ferry, qui aura tenu 3 demi-journées de permanence, aura préparé sa réélection mais n’aura pas fait son métier de législateur. Voilà pourquoi on en vient à se pâmer devant l’extraordinaire travail des sénateurs, par exemple lors du débat sur les tests ADN ! Cet exemple des tests ADN montre aussi que le Sénat n’est pas qu’une chambre conservatrice. Sur les tests ADN, le Sénat a donc fait le travail qu’auraient dû faire les députés, mais quand on accuse les sénateurs d’être conservateurs, on fait aussi référence au fait qu’il est impossible de faire évoluer le Sénat, puisqu’il faut une majorité des trois cinquième du congrès (sénateurs plus députés). Le sénat ne sera donc jamais réformé, ou alors par petites touches comme en 2003. Le Président qui voudrait passer par la voix référendaire pour le transformer n’est pas né à cause, bien sûr, du précédent de 1969 qui a précipité la chute de Général De Gaulle. D’ailleurs qui a dit : « Seul le Sénat a la possibilité d’être contre tout, sans que l’on ne puisse rien contre lui, s’il y a bien une erreur dans la constitution de 58, c’est celle là » ? Le General De Gaulle ! Le nouveau président du Sénat sera élu la semaine prochaine. En lice : Jean-Pierre Raffarin et Gérard Larcher. Des deux, qui a le plus de chances de l’emporter ? On en sait rien et d’ailleurs ça n’a aucune espèce d’importance - sauf peut-être pour une poignée de Français - les familles Larcher ou Raffarin !

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