Par Jean-François Achilli.

Retour sur la première interview de Dominique Strauss-Kahn hier sur TF1...

C'était une pure opération de com, 24 minutes de haute couture, répétée au mot près. La cible était les 53% de Français qui ont souhaité de la part de DSK une annonce de son retrait de la vie politique, sondage Ifop Journal du Dimanche. Parce que Dominique Strauss-Kahn ne pense qu'à ça, revenir en politique. Une expression calibrée était censée écraser le reste : j'ai commis "une faute morale". Ce qui veut tout dire: je suis conscient d'avoir fait du mal, choqué les Français... mais à la fois, ne veut rien dire: nous ne savons toujours pas ce qui s'est réellement produit le 14 mai au Sofitel de New-York.

Nous avons eu droit à la technique du document officiel, le rapport du procureur brandi cinq fois comme une Bible. Une sorte de béquille de papier. Aucun téléspectateur n'étant en mesure de feuilleter ce document, le seul but étant de balayer les accusations de violence.

Il n'y a pas eu d'excuses hier soir, juste des regrets. Et rien, ou si peu sur l'affaire Tristane Banon. Là encore, nous n'en saurons pas plus. Tous ceux qui ont suivi cette longue interview ont dû se contenter de l'émotion centrée sur le seul DSK. Un pic a été atteint avec l'hommage rendu à son épouse Anne Sinclair, qualifiée de "femme exceptionnelle", ce dont personne ne doute.

Les spin doctors au chevet de l'ancien patron du FMI verront avec les prochains sondages si cette opération-image a marché.

Et puis, l'interview a basculé...

Cela faisait plusieurs jours que nous savions, de bonne source, qu'il y aurait LA question crise à la fin. Nous y avons donc eu droit.

Mister Dominique est soudainement redevenu le bon docteur Strauss-Kahn, capable d'asséner une leçon d'économie, dans la foulée de la séquence émotion. Trop pressé de vouloir revenir dans le jeu politique. Lui qui s’est même immiscé dans la primaire socialiste en rappelant son pacte avec Martine Aubry. L'un des amis se désolait hier soir: "il n'aurait pas dû, les communicants ne se mettent jamais dans la peau des vraies gens, ceux qui s'interrogent".

Le seul aveu au fond est venu à la fin: interrogé sur son avenir, le "candidat à rien" a fini par lâcher: "on verra". Il a donc envie.

C'était hier soir de la "langue de com", déclinaison moderne de l'antique langue de bois. Il serait peut-être temps aujourd'hui d'arrêter de pister Dominique Strauss-Kahn tel un OJ Simpson, ne plus céder à cette tentation médiatique, lui qui a émis le désir légitime de se reposer, retrouver les siens, réfléchir.

Nous éviterons aussi de comparer les audiences de TF1 avec celles du débat de la primaire de jeudi. Même si tout le monde va y penser.

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