Manuel Valls est maintenant le ministre préféré des Français dans les enquêtes d’opinion…

Oui, ça tient d’abord à son positionnement sur l’axe gauche-droite. Quand vous êtes, dans un gouvernement, celui qui incarne l’aile la plus centriste, vous cumulez plus facilement les avis positifs de votre camp plus ceux de l’opposition qui, considèrent que vous êtes celui qui les écoute et les comprend de l’autre côté de la barrière. La force de Manuel Valls réside dans le fait que (pour l’instant) ce qu’il gagne à droite, il ne le perd pas à gauche. Le besoin de sécurité est aussi une nécessité ressentie par l’électorat de gauche. Quand Manuel Valls s’est fait ovationner à l’université d’été du PS, fin août, beaucoup d’observateurs ont été étonnés. Le ministre de l’Intérieur, qui semble reprendre des thématiques et des attitudes de Nicolas Sarkozy aurait dû recevoir (selon une analyse réflexe) un accueil froid comme on en réserve à ceux qui trahissent les idéaux de leur camp. C’était juger l’état de l’opinion dominante à gauche avec les instruments de mesure du XXème siècle. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs fait cette erreur de jugement pendant la campagne en tentant de faire passer le PS et François Hollande pour d’éternels laxistes, des belles âmes, pétris de la culture de l’excuse et déconnectés de la réalité sécuritaire du pays. La gauche était encore décrite comme mettant uniquement en avant le contexte social pour expliquer la violence.

Mais la réalité de l’opinion de ce qu’il est convenu d’appeler « le peuple de gauche », n’est plus celle là !

Non, les élus socialistes sont témoins quotidiennement, surtout dans la périphérie des grandes villes, de l’augmentation, ou au moins de la permanence de l’insécurité. Il est déjà loin le temps où la gauche affirmait qu’il ne fallait pas confondre « sentiment d’insécurité » et « insécurité ». Idéologiquement mais aussi pratiquement, la gauche n’est plus celle des Hubert Dubedout ou Gilbert Bonnemaison, respectivement maires de Grenoble et d’Epinay-sur-Seine, dans les années 80, qui avaient fait de leurs villes des laboratoires efficaces et imaginatifs de la prévention. L’heure, à gauche, est au retour de ce que l’on appelait jadis la « sûreté ». L’insécurité est une souffrance sociale et en remportant tous les scrutins locaux, ces dernières années, les socialistes se sont retrouvés face aux réalités de leur terrain. La gauche renoue avec une tradition sécuritaire qui, de Clémenceau à Jules Moch, ministre socialiste et créateur des CRS après la guerre, n’est, en réalité, pas une découverte pour elle. C’est d’ailleurs Ségolène Royal, en 2007 qui avait initié ce retour de la sécurité, à une époque ou Jean-Pierre Chevènement prêchait en père fouettard bien solitaire parmi les stars de la gauche. Manuel Valls est donc populaire parce qu’en phase avec des aspirations réelles des électeurs de gauche et de droite. Il ne faudrait pas non plus que, grisé par le vertige de la balançoire qui vous fait passer en volant d’un bord à l’autre, Manuel Valls, en oublie la promesse du récépissé de contrôle pour lutter contre les mauvaises pratiques policières. L’ordre, cette « tranquillité violente » comme disait Hugo, ne doit pas apparaître comme un but en soi ni un objet de promotion personnelle, sous peine de tomber dans le travers « sarkozien » que Manuel Valls avait tant dénoncé lui-même.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.