Les sénateurs ont rejeté cette nuit la loi sur le non-cumul des mandats…

Oui, les radicaux de gauche (qui n’existent au Parlement que par la volonté des socialistes de ne pas apparaître trop hégémoniques), les chevènementistes (qu’on ne présente plus) et quelques barons socialistes ont ajouté leurs voix à l’UMP pour faire obstacle au non-cumul des mandats. Ce n’est que le Sénat… Et normalement, si le gouvernement ne flanche pas -ce qui n’est jamais assuré- les députés auront le dernier mot et en 2017 s’appliquera enfin (!) le non-cumul des mandats… Un exécutif local et un mandat de parlementaire ne pourront plus être exercés en même temps, c’est à dire à mi-temps et, comme pour le mariage pour tous, le non cumul paraîtra une évidence pour tout le monde dans quelques années. Il y a fort à parier que dans 10 ans on regardera avec incrédulité cette époque où l’on disait pouvoir être un bon sénateur à plein temps et en même temps un bon maire de Lyon à plein temps… Tiens, est-ce qu’on se souvient que, jusqu’aux premières lois sur le non-cumul, on pouvait être maire de Paris, donc président du conseil de Paris, président d’un autre département à 500 kilomètres, la Corrèze, par exemple, député de ce même département ou d’ailleurs et candidat au parlement européen… et président d’un parti ! C’était possible et tous ceux qui voulaient un peu limiter cet amas de travail et de pouvoir, se voyaient opposer les mêmes arguments qu’aujourd’hui. Dans 20 ans, quand on verra les photos sinistres de ces hémicycles gris, plein d’hommes blancs et quinquagénaires, ce sera aussi étrange et dérangeant que quand on explique à nos enfants que les femmes n’avaient pas le droit de vote avant 1945 !

Les sénateurs expliquent que le cumul des mandats ne doit pas s’appliquer dans leur cas puisqu’ils représentent les collectivités locales !

Cet argument est étrange ! On peut très bien représenter les territoires sans être maire ou président de Conseil général. On peut être conseillé municipal ou conseiller régional… ou –pourquoi pas- rien du tout ! Un sénateur n’est pas un délégué syndical d’élus locaux, ni même un lobbyiste de son territoire, il est législateur pour tout le pays. Il est au Sénat pour prendre le temps, justement, de contrôler le travail de l’exécutif et évaluer la portée des lois qui lui sont soumises. Et quand il retourne dans son département, pour se ressourcer… son mandat local non exécutif, sa vie de famille, sa vie associative devraient lui suffire à « sentir » le pays, comme on dit… Et même lui permettre de mieux le « sentir » que s’il passait de fonction officielle en fonction officielle, en représentation permanente avec à l’esprit, surtout l’idée de ne pas perdre l’une de ses nombreuses écharpes tricolores. Il y a cependant un argument, soulevé par le sénateur socialiste Gaëtan Gorce qu’il faut prendre en considération. Gaëtan Gorce a voté en faveur du non-cumul mais il craint que les nouveaux députés et sénateurs soient des apparatchiks, anciens assistants parlementaires, présentés par leurs partis et les grands élus pour continuer à contrôler le pouvoir qui leur aura été retiré. C’est un risque mais des règles peuvent être imaginées pour l’éviter et Gaëtan Gorce, sur son blog, donne des pistes intéressantes. Ce débat aura permis à la chambre haute de se caricaturer –comme si elle en avait besoin- Jacques Mézard, radical du Cantal allant même jusqu'à s’étrangler en dénonçant le décès électoral du Sénat. Et là, on se surprenait à penser secrètement : « et si ça pouvait être vrai ».

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.