Oui, on comprend bien à l’écoute de cette anaphore que l’intention du Président était de nous expliquer qu’il affrontait, avec courage, les difficultés… Mais ces choix comme la réforme du marché du travail, la réforme territoriale, l’augmentation des impôts, favoriser la compétitivité des entreprises, sont d’autant moins faciles à faire accepter qu’ils n’avaient pas été proposés tels quels aux électeurs avant les élections. Le vrai courage, que revendique François Hollande, eut été, en réalité d’être beaucoup plus explicite, sur le contenu de sa litanie de « pas facile » avant l’élection. Mais, au-delà de ce constat désespérément classique de la différence entre les promesses et la réalité, il faut souligner la phrase de François Hollande qui précède l’anaphore … Le Président évoque, je cite : « ce que je considérais devoir faire et qui n’avait pas été fait ». Il fait donc référence à l’inefficacité de son prédécesseur, au fait que les reformes engagées au début des années 2000 en Allemagne ne l’ont pas été par la droite alors au pouvoir en France. La nature du débat droite/gauche est devenue une controverse sur la capacité à réformer plus que sur le sens de la réforme. La droite et la gauche française ne se reprochent pas mutuellement l’orientation de leur politique mais leur impuissance respective. Et on imagine que le retour de Nicolas Sarkozy va accentuer cette tendance ! Bien sûr, le caractère bravache de l’ancien président et le défi lancé par Manuel Valls qui invite Nicolas Sarkozy sur le ring n’augurent rien de bon. Le débat risque de tourner autour de la qualité de « l’équation personnelle » de François Hollande et Nicolas Sarkozy pour mener à bien les réformes nécessaires à l’adaptation de la France. On décrit toujours notre pays miné par les corporatismes, enkysté dans une somme d’avantages immuables. On le vérifie aujourd’hui avec la difficulté de réformer les métiers de notaire ou de pharmacien. En ce moment c’est l’UMP qui se fait le défenseur de ces professions que pourtant le rapport Attali, commandé par Nicolas Sarkozy, proposait déjà de réformer il y a 5 ans ! En vain… Ces débats interminables sont le fruit aussi de nos institutions qui ne permettent ni le contrat ni la coalition (François Hollande l’a constaté hier, sans pour autant le regretter). Pourtant nos institutions favorisent l’affrontement et donc le blocage et sont à l’origine de tous ces « ce n’est pas facile » de son anaphore. Nos institutions misent sur la personnalisation du pouvoir plutôt que sur la volonté de courants politiques. Cette personnalisation (puisque nous sommes ce matin avec nos amis du Monde) avait été pointée, dès 1962, par Jacques Fauvet, au moment de la réforme de l’élection présidentielle. Il écrivait « la Vème République n’est pas une constitution, c’est un homme… c’est un homme, ou si l’on veut un homme-constitution ». Il parlait bien sûr du Général de Gaulle. A l’époque, le problème démocratique était que cet homme pouvait trop. Aujourd’hui notre problème démocratique c’est que cet homme –quel qu’il soit- ne peut plus.

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