Bruno Lemaire a fait son premier grand discours de la rentrée hier à Sète.

Oui… au moment où l’on apprenait que Jacques Chirac était hospitalisé, Bruno Lemaire faisait du chiraquisme version 1995, c’est-à-dire la version victorieuse, la version fracture sociale. Comme Chirac, Le Maire est un grand gars sympathique, énergique et cultivé, qui connait, aime le terroir, et a la poignée de main facile… Comme Chirac 95, il développe un discours un brin autoritaire, mais qui se veut aussi humaniste. Comme Chirac, il porte une attention particulière aux plus faibles, aux handicapés, par exemple. Mais comme Chirac, le discours de Le Maire est un large râteau idéologique. Et à l’écrit, dans son livre programme, il fait plutôt du Chirac 1986 au carré, très autoritaire-libéral. En réalité, dans cette primaire, Le Maire prend bien soin d’être compatible avec A.Juppé et N.Sarkozy. Du moins avec leurs électorats. En cas de 3ème place pour être faiseur de roi, mais aussi parce que son vrai pari, n’est pas d’être le 3ème homme (place qu’il n’a d’ailleurs pas encore vraiment acquise, face à F.Fillon). Non, il estime que, la campagne aidant, il va se faire mieux connaitre et sera en mesure, début novembre, d’imposer le renouveau après une période fratricide entre les anciens présidents et 1er ministres en lice. Il lui faut donc rester compatible avec ceux qui là en pincent pour chacun des deux leaders de la primaire que Le Maire qualifie ainsi : « le karcher brutal et l’immobilité heureuse » et ainsi incarner le renouveau.

Le thème du renouveau, c’est un peu court non ?

Ça dépend ce qu’il recouvre. Le renouveau c’est Bruno, tel était l’un de ses slogans de début de campagne (à la fois parfaitement débile et très efficace, comme le sont parfois les mauvais jeux de mots au 3èmedegré). L’âge non plus ne suffit pas (surtout qu’à 47 ans, Le Maire n’est plus vraiment un gamin). Mais c’est compliqué d’incarner le renouveau pour un corps électoral très âgé… Parce que les sondeurs vous le diront (c’est à peu près la seule chose dont ils soient sûrs), le cœur électoral de la primaire aura autour de 60/65 ans. Bruno Le Maire doit donc promouvoir du renouveau pour vieux. Essayez donc de vendre des toboggans à une maison de retraite ! D’ailleurs, pour incarner le renouveau et la modernité, Le Maire est passé très vite, hier, sur l’économie numérique ou l’uberisation. Pas un mot sur le changement climatique et le nouveau monde que ce phénomène va imposer. Mais en revanche, un gros chapitre sur la façon d’apprendre l’histoire à nos enfants… et un style très à l’aise, sans note ni veste. Une « coolitude » de 1ercommuniant, de quoi faire un carton aux Hespérides, avec ce vœux audacieux : être (en 2017, quand même) le président qui fera entrer la France au 21èmesiècle. Cessons de persifler parce que ça peut marcher. Bruno Le Maire dispose de tous les atouts pour rafraîchir la vieille maison de la droite sans trop effrayer ses pensionnaires. Il n’a rien à envier aux briscards madrés qui ont déjà trop gouverné sans résultats. Et ça pourrait bientôt se voir, par exemple fin octobre et début novembre, au cours des débats télévisés qui opposeront les candidats à la primaire.

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