La République en Marche, qui tarde à avoir une existence…

Oui, le parti au pouvoir, qui compte plus de 300 députés, n’a pas, pour l’instant, de parlement intérieur, d’instances dirigeantes, alors que le gouvernement est en train de transformer le code du travail et qu’une forme d’incompréhension (quand ce n’est pas de l’hostilité) s’installe. La majorité très relative en suffrage, qui a porté ce parti au pouvoir, avec comme principale motivation d’éviter le FN et de dégager les caciques, n’entend pas, en ce moment, d’explications politiques de la part d’un mouvement structuré. Les ministres sont bien souvent de bons connaisseurs de leur sujet mais de piètres vulgarisateurs de leur action. La critique, de ce fait, porte sans autres réponses que celles de Christophe Castaner, omniprésent mais bien seul. Les députés EM sont en stage de formation pour éviter les cafouillages de leur 1ère session parlementaire…

C’est le prix du renouvellement non ?

Bien sûr ! La majorité des Français a applaudi le remplacement de la quasi-totalité du personnel politique. Mais selon le théorème classique de la politique française, on préfère toujours le concept au concret : « tout le monde veut le changement mais personne ne veut changer ». Le macronisme de terrain est donc aphone. Il faut dire que tout s’est passé à l’envers et si vite ! D’habitude les partis se constituent en élaborant des projets adossés à une idéologie. Une structure politique est patiemment construite, elle se pose en s’opposant longtemps et commence par remporter quelques mandats locaux. Et si tout va bien, après un long processus d’imbrication dans la société, elle atteint, seule ou en coalition, le pouvoir national. Ses chefs gouvernent et le parti majoritaire relaie et défend l’action du gouvernement. Mais là, c’est l’inverse qui s’est produit. Le pouvoir est arrivé avant le parti. Une petite équipe avec des milliers de volontaires éparpillés, idéologiquement divers, ont, en quelques mois, conquis un pouvoir usé. Un inconnu sans attaches partisanes typées est à l’Elysée. Le nom de son parti a la particularité de ne désigner aucun horizon, mais simplement un moyen de locomotion : En marche. A moins d’être adepte du footing, on ne marche pas pour marcher mais bien pour aller quelque part…Où ? C’est la question à laquelle il faut maintenant qu’Emmanuel Marcon ou son parti, quand il sera prêt, réponde. Le macronisme de conquête a su se définir, le macronisme au pouvoir a déjà changé la politique rien qu’en gagnant mais doit reformuler son but. Libérer la société, la débloquer et en même temps protéger les citoyens, les accompagner… voilà, très schématiquement, le projet que les fondateurs d’En Marche tentent d’afficher. Mais aux manettes, les concepts ne suffisent plus ! Pas d’amour sans preuve d’amour… Il faut que l’action ressemble au message. Et là, l’action du gouvernement, semble plus avoir comme objectif de libérer que de protéger. Ça ne peut pas être une question de pédagogie, la politique n’est pas un rapport maître/élève… En attendant que LREM soit sur pied, le président se doit de prouver que son objectif reste l’équilibre entre libérer et protéger. Aujourd’hui ça ne va pas de soi.

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