L’édito politique par Françoise Degois. ____Tollé général provoqué par les excuses de Ségolène Royal à José Luis Zapatero, aprés les propos peu amènes, avérés ou pas, de Nicolas Sarkozy à l'égard du chef du gouvernement espagnol. Déluges de noms d'oiseaux, bataille rangées PS-UMP, démentis élyséens, invective psychopolitique, riposte morale… Tout le week-end aura donc été englouti par ces excuses. Et puis largement par ce duel inlassable, incessant entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le premier est président de la République, largement élu le 6 mai 2007, roi de la provocation, maître dans l'art du contre pied, volontariste et parfois mal élevé. Qu'il ait fait l'éloge de José Luis Zapatero en donnant le sentiment de se moquer de lui ou vice versa, au fond, qu'importe. Nous voilà face au énième épisode de la Sarkozy attitude, une forme d'arrogance assumée, enrobée dans un faux parler vrai, qu'il trimballe de sommets internationaux en visites sur le terrain. Sarkozy malmené dans les sondages mais qui possède absolument toutes les clés de tous les pouvoirs institutionnels. La seconde se vit comme la Présidente de l'opposition. Battue le 6 mai 2007 sur ses propres erreurs et les peaux de bananes de son propre camp. Maîtresse dans l'art du fracas, animal de combat qui allie l'intuition à la provocation, la volonté à l'indiscipline, Ségolène Royal, malmené dans les sondages, a trouvé sa cible, sa corde de rappel pour tenter de remonter la paroi, lui, Sarkozy. Depuis le début de l'année, Royal mène donc une guerre sans relâche. Sur tout sujet, dans toutes circonstances et si possible dans ce domaine réservé du chef de l'état : l'international, un domaine où il est régulièrement épinglé, avec de plus en plus de virulence par la presse étrangère, qui n'a pas les pudeurs d'une partie de la presse hexagonale. Une stratégie parfaitement pensée, qui consiste à jouer tous les coups, quitte à insécuriser, à cogner, cogner et cogner encore quitte à s'abîmer les poings. Une stratégie qui a ses limites. C'est une stratégie de rupture, avec les codes de sa propre tribu, le PS, des codes qu'elle juge obsolètes. Ensuite, les codes de gouvernance qui disent par exemple qu'on ne se désolidarise pas de son président à l'étranger. Elle s'est royalement assise dessus à Dakar. Enfin, les codes de la méthode politique, on l'a vu, avec le concert de la Fraternité au Zénith. Mais la rupture a un prix : d'abord celui de la solitude. Beaucoup de ses alliés s'éloignent, ceux qu'elle appelle en privé les révolutionnaires en peau de lapins, avant de revenir, un jour, si les sondages sourient à nouveau mais nous n'en sommes pas. là. Solitude aussi face à l'alliance objective PS-UMP. Qu'on ne s'y trompe pas, même si les socialistes ont fait corps sur Dakar, beaucoup moins sur ces excuses - Royal reste la femme à abattre jusqu'au bout. Il a ensuite le prix de la violence. Lorsqu'on engage un combat permanent, aussi tranchant, on récolte évidemment de la violence. Et là encore, contrairement aux apparences, la stratégie de l'UMP est parfaitement pensée. « Folle », l'adjectif et ses dérivés ont été martelés tout le week-end. Tout le jeu consistera à enfermer Ségolène Royal dans cette étiquette, que l'on réserve aux femmes. La renvoyer, inconsciemment en fait à ce débat télévisé de l'entre deux tours où sa colère s'était heurtée à l'apparente maîtrise de Nicolas Sarkozy. C'est une guerre avant l'heure. C'est même une guerre continuelle. Nicolas Sarkozy l'a menée avant Royal. De 2002 à 2007 face à Jacques Chirac. Harcèlement, provocation... bref.... rupture. C'est l'une des joies du quinquennat, une présidentielle permanente qui embarque tout. Imaginez-vous qu'à 2h de vol de Paris, s'ouvre aujourd'hui un évènement majeur pour les droits humains : la conférence de Durban II, avec ce combat entre les démocraties et les dictatures. Imaginez-vous qu'aucun responsable politique de haut niveau n'a encore donné son point de vue, délivré sa pensée sur cet évènement majeur, obnubilés que nous sommes par ce petit théâtre qui s'appelle la France et se met à ressembler de plus en plus au village d'Astérix.

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