Aujourd’hui,Nicolas Sarkozy se rend à Bobigny, en Seine Saint Denis pour y installer le nouveau préfet Christian Lambert.Oui, Christian Lambert est un proche de Nicolas Sarkozy. Policier de carrière et surtout ancien parton du Raid, puis des CRS, ancien préfet délégué à la sécurité en Corse, puis directeur du cabinet du préfet de police. Christian Lambert est aussi un symbole de la méritocratie républicaine parce qu’il a commencé comme gardien de la paix. Le nouveau préfet de Seine-Saint-Denis a un métier, une mission, une spécialité : la sécurité. C’est plus qu’un signal, c’est un message politique. Beaucoup plus qu’un acte de pragmatisme. On aurait effectivement pu se dire que nommer un spécialiste de la sécurité sur la parcelle du territoire français qui connaît la plus forte insécurité s’imposait. Sauf qu’en terme de moyen, de pouvoir de décision et de capacité à agir sur la sécurité, Christian Lambert était bien plus en situation à la tête du cabinet du préfet de police Michel Gaudin. A ce poste il était vraiment au centre névralgique de tout ce qui se décide en matière de sécurité à Paris et dans les trois départements qui l’entourent, donc, bien sur en Seine-Saint-Denis. Donc Lambert préfet du 93, c’est d’abord un message. Et il est clair : « on envoie les cowboys dans le 9-3 » Depuis quelques semaines, on assiste à des opérations de police dans certains quartiers du département, les forces de l’ordre s’en prennent aux trafiquants. Ils saisissent d’ailleurs d’importantes quantités de drogue, plus que prévu et aussi des sommes d’argent en liquide. En gros, ils constatent ce que les élus et les habitants de Seine Saint Denis vivent tous les jours : il y a, dans certains quartiers, et pas toujours les plus défavorisés (Tremblay en France est loin d’être l’une des villes les plus pauvre de Seine-Saint-Denis), des zones qui échappent à la loi. Ce constat est aussi le constat, en creux, d’un échec politique. C’est en Seine-Saint-Denis (et en 2005, et en tant que ministre de l’intérieur) que Nicolas Sarkozy avait prononcé le mot « karcher ». Depuis, la situation n’a pas changée ou plutôt elle a empirée. C’est le constat d’un échec mais cette fois ci le président semble vouloir vraiment agir, les descentes de police le prouvent !Oui cette fois-ci ça bouge, la police est en action mais ce que Nicolas Sarkozy avait dit en 2005, il le disait en tant que ministre de l’intérieur, en charge de la sécurité. Depuis il y a eu 2007. Le candidat Sarkozy se devait d’avoir un projet sur deux jambes : sécurité et développement dans les quartiers pauvres. Il promettait un plan Marshall pour les banlieues, il promettait notamment (on en est à des années lumières) que les effectifs des classes des écoles des quartiers les plus en difficulté seraient divisés par deux ! La guerre contre le trafic de drogue et la lutte contre l’économie parallèle qui se met en place dans bien des cités est tout à fait légitime et même nécessaire, l’ampleur des saisies le prouve mais en même temps que ces opérations coups de poing, s’il n’y a pas de politique alternative de soutien au développement de ces quartiers, les causes de la prospérité des économies parallèles n’auront pas disparu et tout recommencera. La guerre que semble vouloir mener l’exécutif contre les trafiquants ne l’exonérera pas d’une réflexion approfondie sur d’autres sujets étroitement liés à la situation actuelle en Seine-Saint-Denis : dépénalisation des drogues douces (qui tarirait une grande partie du trafic et que proposent plusieurs maires du département), destructions des ghettos avec une vraie politique de mixité sociale, donc renforcement des sanctions contre les villes riches qui s’évertuent à ne pas respecter la loi qui impose de tendre vers les 20% de logements sociaux par commune. Finalement, c’est lassant…on y revient toujours…à l’éternel débat, rabâché… le débat de la répression inutile sans la prévention, de la sanction inefficace sans les moyens de l’éducation…

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