Les esprits s’agitent à l’approche de la date anniversaire fatidique, celle demain du 21 avril. Un collectif, qui se réclame d’une nouvelle génération en politique, composé de bloggeurs, journalistes, avocats, étudiants, a lancé hier sur Internet un Appel du 21 avril à tous les partis de gauche, en faveur d’un candidat unitaire dès le 1er tour de la présidentielle l’an prochain. Il faut s’attendre à d’autres initiatives de ce genre. Daniel Cohn-Bendit, qui ne l’a pas signée, contrairement à ce qu’a indiqué une première liste publiée sur le Net, a déjà appelé à un retrait du candidat écologiste en 2012 si la menace d’un nouveau 21 avril se profile. Son propre frère Gabriel Cohn-Bendit a même écrit une tribune en janvier, dans le journal Le Monde, adressée à Dominique Strauss-Kahn, pour lui dire : je suis un traumatisé de 2002, il faut une candidature unique de l’opposition. Pour la petite histoire, Gaby le frère de Dany a proposé à DSK de nommer Nicolas Hulot vice-premier ministre en charge de l’écologie et Eva Joly garde des sceaux, mais ça, c’est une autre histoire... Les ténors socialistes prennent tous aujourd’hui très au sérieux l’hypothèse de se voir une nouvelle fois disqualifiés par Marine Le Pen, en raison d’un PS qui serait affaibli et surtout d’une gauche dispersée. Mais la menace concerne également la majorité, qui s’interroge... C’est François Fillon, qui au soir de la défaite de la droite aux régionales de 2004, a inventé le concept de « 21 avril à l’envers », une expression que Jacques Chirac lui a reprochée, et qui est aujourd’hui au cœur du débat politique. Nicolas Sarkozy cherche à tuer dans l’œuf toute velléité de candidature à droite, les Borloo, Villepin, Morin, Boutin sont priés de rentrer dans le rang. Une division des voix de l’UMP serait fatale au président sortant, soupçonné par l’opposition de souffler sur les braises de l’immigration pour ouvrir à Marine Le Pen les portes du 2ème tour. Mais personne en vérité n’est en mesure de dire aujourd’hui qui pourrait se retrouver au final sur le bateau avec la présidente du Front National, qui au passage se délecte de tout ce débat. Marine Le Pen se voit érigée en ogre électoral, qui punirait indifféremment la droite ou la gauche, dans la continuation de son propre père. La date du 21 avril fait désormais partie du langage courant… Elle est entrée dans l’inconscient collectif, parce qu’elle évoque la peur de la montée des extrêmes, de la xénophobie. Certaines dates ont marqué les esprits, le 11 septembre symbolise la menace terroriste, le 10 mai, la victoire de la gauche, le 18 juin l’appel à la résistance. Ce sont des moments d’histoire. Vous remarquerez que l’année où ces évènements se sont produits n’est même plus citée. La fantasmagorie du 21 avril se nourrit de l’incapacité des pouvoirs politiques traditionnels à répondre aux attentes des concitoyens. Nous assistons en France, comme un peu partout en Europe, à une "nouvelle finlandisation", elle n’est plus soviétique mais populiste, avec l’émergence de partis de droite dure, voire d’extrême-droite, tous eurosceptiques. Le 21 avril va longtemps hanter les nuits des futurs candidats.

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