Ce matin, Eva Joly… depuis le début de cette campagne, on se demande si la candidate écologiste est à sa place.

Oui parce qu’elle-même a passé toute cette campagne à la chercher, sa place ! Alors c’est vrai, au début ce n’était pas de son fait. Ça avait commencé de façon assez détestable avec la moquerie ou même la dénonciation de son accent norvégien. Et puis Eva Joly n’a cessé de dérouter, sa dureté fragile passait mal dans ce monde politique fortement imprégné de radicalisme épais, fait de compromis nécessaires ou de petits arrangements superflus, un monde où l’on admire autant les malins que les pertinents, un monde où l’on confond le culot et le courage, un monde où celui qui exerce avec talent l’art de la tribune, le lyrisme, l’emphase peut dire des énormités économiques ou idéologiques. Eva Joly n’est à l’évidence pas faite pour ce monde. Elle a le contact facile, la douceur de sa voix qui tranche avec la rectitude de son propos, fixe l’attention des salles de meeting. Mais ces salles sont petites et sa campagne ne déplace pas les foules. Eva Joly n’a finalement jamais réussi a imposer ses thèmes, la régulation de la finance, son programme économique basé, (le seul) sur une hypothèse de croissance réaliste n’a rencontré aucun écho. La croissance justement, cette drogue dont on est en manque… Eva Joly qui est la seule à en dénoncer les méfaits n’a pas su faire fructifier cette niche idéologique qui était pourtant au cœur de l’actualité. Le débat sur le nucléaire n’a pas pris. Et comme rien ne prend, Eva Joly a fini par faire ce qu’elle sait faire : la juge avec cette étrange idée de tour de Paris en bus pour visiter les lieux symboliques de l’affairisme sarkozien.

Eva Joly était elle une erreur de casting pour les écologistes ?

Certains, chez les Verts seront peut-être tentés de le dire s’il s’avère que les sondages se vérifient dans les urnes… mais en réalité, tout se passe, depuis René Dumont, comme si l’élection présidentielle n’était pas faite pour les écologistes… quels qu’ils soient. Une élection qui favorise la personnalisation du débat ne va pas à un mouvement politique rétif, par nature à l’idée de centralisation et au culte de la personnalité. Les écologistes le savent et ne se battent pas pour être candidats. D’ailleurs en organisant une primaire qui opposent deux personnalités qui ne sont pas issues, à l’origine d’Europe-Ecologie-Les Verts, et en finissant pas choisir la moins écologiste des deux, ils ne pouvaient pas mieux le souligner. Finalement, la présidentielle est un mauvais moment à passer pour les écologistes ; le plus important ce sont les législatives. Si François Hollande est président il aura besoin d’un groupe vert à l’Assemblée pour que le PS ne soit pas seul et ne paraisse pas hégémonique. Contrairement à une alliance gouvernementale avec le front de gauche, un partenariat avec les écologistes ne suppose pas de surenchères budgétaires et sociales. A ce stade ce qui compte pour EELV, c’est bien d’avoir un groupe au Parlement afin de peser enfin sur les débats pendant cinq ans. Plus que deux jours à tenir … et elle sera libérée !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.