De F. Hollande au Supplément de Canal+, hier, vous avez retenu son face à face avec les lycéens. Un moment révélateur de l’importance que prend, de plus en plus, le fait religieux dans les débats…

Songez que quand vous présentez 4 lycéens d’aujourd’hui au président de la République, l’essentiel de la conversation tourne autour de la religion ! Preuve du désarroi identitaire d’une partie de la jeunesse en France. Les plus de 50 ans auraient-ils pu imaginer une telle évolution? Si vous ne croyez pas en Dieu, ou si vous ne savez tout simplement pas si vous y croyez, ce qui est le cas (rappelons-le quand même) d’une majorité de Français, toutes cultures confondues, vous devez ressentir comme un ras-le-bol, une lassitude affligée ! L’espace démocratique est saturé par les questions de cantine, de voile, de nombre de mosquées, par la compétition victimaire. La laïcité qui est censée permettre à chacun de croire en paix et en privé, est tiraillée, brusquée, questionnée. Et parfois, croyant bien faire, les institutions ou les entreprises qui brassent un large public, comme la RATP, à qui on demande de bien prendre garde à ne pas attiser les communautarismes renaissants, finissent par faire d’énormes bourdes en omettant volontairement, par exemple, le message de soutien d’un groupe musical de curés envers les chrétiens d’orient persécutés en Syrie et en Irak. Les agnostiques, les athées ou les croyants discrets, ceux pour qui la religion est affaire d’intimité spirituelle, sont pris dans le tourbillon des religieux politiques qui colonisent les débats.

A chaque semaine sa polémique religieuse, la dernière portait sur le manque de mosquées en France.

Oui, avec cette controverse, nous nous étions, une fois de plus, englués dans une polémique qui ne peut que fabriquer des malentendus. Les

« autorités musulmanes », qui sont les principales responsables du manque de capacité intérieure à financer leurs lieux de culte, ont abusivement crié à la discrimination. Le cardinal André XXIII s’y est mis. Derrière la componction des hommes d’église, on sentait monter une compétition désolante. L’archevêque de Paris, qui, bien sûr, ne voit aucun problème à ce que les musulmans adaptent le nombre de leurs mosquées à leurs besoins, assurait par ailleurs que, je cite « l'islam prendra la première place si les catholiques ne sont pas capables de vivre leur catholicisme ». Si vous ne voulez pas vous faire submerger par l’islam, soyez de bons catholiques ! On y est :

c’est la course à la suprématie spirituelle ! La planète se réchauffe, le chômage de masse s’installe… Mais le débat est dominé par les religieux. La très large majorité de Français qui pense que son bonheur, son bien être, viendra plus d’un humanisme rationnel que de la promesse d’un au-delà radieux, se sent flouée. Elle n’ose pas réagir parce que les religions ont réussi ce tour de force : se faire passer pour des victimes. Ne pas croire, ou croire simplement pour soit même, aujourd’hui, c’est être un couillon, spectateur désolé de la résurgence de l’irrationalité religieuse, dont on croyait pourtant que l’histoire nous avait montré à quel point elle était inflammable pour la société.

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