La politique étrangère aura été davantage présente dans cette campagne présidentielle que lors des précédentes…

Oui, c’est un effet de la mondialisation, de ce sentiment grandissant d’interdépendance dans un monde illisible et incertain. La crise migratoire, le poids de l’Union Européenne, la montée des nationalismes agressifs et le terrorisme islamiste sont forcément dans la campagne. Il faut cependant relativiser tout ce qui est dit sur ces points parce qu’en réalité, il y a une politique étrangère nationale, une colonne vertébrale solide depuis de Gaulle et qui s’impose, quels que soient les présidents et quels que fussent leurs propos de campagne. Souvenez-vous, la ligne « tiers-mondiste », comme on disait à l’époque, de François Mitterrand en 1981, personnifiée par les éphémères ministres des Affaires étrangères Claude Cheysson et de la coopération Jean-Pierre Cot. Ils devaient réorienter notre diplomatie principalement vers la défense des libertés, les droits de l’homme. Le discours de Cancun, au début du mandat de Mitterrand, fut l’expression la plus lyrique de ce virage. Mais le virage n’aura été que sémantique et de courte durée ! Ces deux ministres ont été vite remerciés et la politique dite réaliste de la France s’est recentrée sur ses alliances habituelles et la défense de ses intérêts bien compris. En 2007 Nicolas Sarkozy promettait d’en finir avec, par exemple, la prééminence du couple franco/allemand, pour se rapprocher de Londres. Il pourfendait aussi la FrançAfrique. Ça n’a pas duré. Tout est rentré dans l’ordre classique de la diplomatie française.

Aujourd’hui, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen proposent d’en changer la ligne...

Pour revenir, disent-ils, à une ligne plus gaullienne. Une ligne supposée plus équilibrée entre Washington et Moscou, comme si l’on pouvait comparer la période de la guerre froide et des blocs avec ce qui se passe aujourd’hui. Les intentions des candidats sont donc à observer avec circonspection parce que la ligne diplomatique traditionnelle de la France, d’alliance atlantique-critique et d’équilibre au Proche-Orient, n’est pas réformable comme un taux de TVA ou l’âge de la retraite. Chacun a une vision du monde qui lui est propre. Elle dit beaucoup de choses sur la personnalité des candidats, correspond plus à des accointances politiques et des solidarités partisanes qu’à une lecture spécifique des intérêts de la France. C’est pour cela que ces positions personnelles ne résistent généralement pas à l’exercice du pouvoir ! François Fillon est touché par le sort des chrétiens d’Orient dont le clan Assad a toujours été le protecteur. Cette sensibilité pèse sur les positions du candidat. Jean-Luc Mélenchon vibre tout particulièrement aux expériences de la gauche sud-américaine (même quand elles sombrent comme au Venezuela). Il en conçoit un anti-américanisme qui lui fait prendre des positions parfois étonnamment bienveillantes vis-à-vis de la politique étrangère et militaire russe. Marine Le Pen admire la force réactionnaire de Poutine. Emmanuel Macron, vierge sur ces sujets, est déjà quasiment coulé dans la ligne diplomatique de France, héritière de celle de tous les prédécesseurs de François Hollande. Quel que soit le vainqueur le 7 mai, s’il est bien un domaine qui ne risque pas d’être bouleversé, malgré les passions qu’elle suscite pendant la campagne, c’est bien la diplomatie française.

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