Encore des grèves perlées à la SNCF la semaine prochaine, La CGT et sa convergence des luttes… Et pourtant pas le moindre signe d’affolement au gouvernement, au contraire, comment ça s’explique ?

C’est très simple, il y a pour l’exécutif un avant et un après le vote de la réforme SNCF à l’Assemblée. Mardi, en première lecture, le texte est passé à une écrasante majorité… De la part de Philippe Martinez, c’est de bonne guerre de dire que 454 députés sur 577 peuvent se tromper, mais un parlementaire tient sa légitimité du peuple, ça fait une sacrée différence. Un avant et après je disais, parce que la balle est maintenant dans le camp des sénateurs… Sénat majoritairement à droite, on le sait, contrôlé par les Républicains, qui ont non seulement voté la réforme, mais qui la trouvent trop timide. Donc pour les syndicats, quel est l’espoir d’améliorer le texte quand il arrivera au Sénat fin mai ? Aucun ! La chambre haute pourrait même encore le durcir ! Quel intérêt pour eux si c’est pire après ?   

C’est l’une des raisons pour laquelle l’intersyndicale accélère et appelle à négocier directement avec Matignon….  

Oui, avec ce même Edouard Philippe qui a les bousculés sur le fret et la date de péremption du statut des cheminots… Bon courage ! La réalité, c’est qu’en coulisses, on estime que le vent tourne. Confidence d’un ministre : « On approche du moment où il faut savoir terminer une grève ». Provocation supplémentaire, diront les syndicats, mais le taux de participation stagne, la manif d'hier n'a pas fait le plein... Une convergence syndicale de plus en plus utopique à mesure qu’approchent les congrès : FO la semaine prochaine, CFDT début juin… Quant à la CGT, ses mots d’ordre unitaire font pschitt… Même pour un 1er mai, Laurent Berger a dit niet à Martinez.  

Et l’exécutif a beau jeu d’exploiter ces failles dans le bloc syndical…  

Je vous livre cette petite info et vous allez tout comprendre. Le 29 mai prochain, Richard Ferrand, général en chef des députés En Marche, va inviter Laurent Berger à venir à l’Assemblée s’exprimer devant le groupe. Traduction : il y a de la place dans les réformes pour les idées de la CFDT… C’est un bougé, et presque un retour en grâce, pour un leader syndical jusque là snobé par Emmanuel Macron.  Et la SNCF n’est pas l’horizon indépassable des réformes dans ce quinquennat ! Il y a du grain à moudre et des compromis à trouver sur la fonction publique, l’intéressement, la formation professionnelle. Bref, dans l’esprit des stratèges qui nous gouvernent, il suffirait de sauter l’obstacle de la SNCF pour enchaîner et gagner le saut de haies des réformes.  

Et Emmanuel Macron va sauter l’obstacle ? 

Lui en est convaincu, mais quoi qu’il arrive ça laissera des traces. A chaque fois qu’il se déplace, comme dans les Vosges mercredi, il y a les sifflets et le risque de confrontations musclées. Beaucoup plus périlleux qu’un face à face avec Plenel et Bourdin. Un an après son élection, il y a une donnée qui ne change pas dans les enquêtes d’opinion, l’idée qu’il y aurait deux France. Emmanuel Macron n’a pas les bottes d’Alain Juppé, mais l'opinion est fragile, versatile, un excès d’arrogance dans les réformes peut très vite se retourner contre celui qui les a initiées.

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