Le dé-confinement une épreuve inédite de plus pour l’Etat. Pour le confinement, il a fallu (ce fut fait avec un petit temps de retard) une décision de l’Etat central, avec des moyens de coercition et uniformité de la règle décidés à l’Elysée.

Oui, depuis le début de la crise, tout est inédit… et nous avons dû nous adapter, individuellement et collectivement. 

Pour le confinement, il a fallu (ce fut fait avec un petit temps de retard) une décision de l’Etat central, avec  moyens de coercition… uniformité de la règle à partir du jour et de l’heure décidés à l’Elysée. 

Les régions les plus touchées comme celles qui ne l’étaient pas (et pour pas qu’elles le soient), les zones rurales les plus reculées comme les zones urbaines les plus denses, étaient soumises à la même règle, annoncée à la télévision par un président olympien et martial après une marseillaise. Nous étions, nous disait-on, "en guerre"… 

Jadis, dans ces cas-là,  le général de Gaulle revêtait son grand uniforme… Fort heureusement, Emmanuel Macron n’en a pas, mais ses mots et le ton de son propos étaient en uniforme. Ce fut peut-être utile pour que l’ensemble de la  population prenne conscience de la situation et pour, par exemple, organiser, depuis Paris, le transfert des malades du Grand-Est et de l’Ile-de-France submergés, vers des régions moins touchées. 

Mais ce ton et cette façon de faire (la métaphore guerrière) sont vite apparus inadaptés, infantilisantes, à un moment ou, justement, ce qui comptait, c’était la responsabilisation de chacun.

Et d’une démarche centralisée et autoritaire, on est progressivement passé à une collaboration Etat/collectivités locales, par exemple, pour savoir s’il convenait, ici ou là, de ré-autoriser  les marchés à ciel ouvert…

Et pour le dé-confinement qui vient… changement radical de méthode

Oui, si pour le confinement il fallait être Jacobin… il faudra être Girondin pour le dé-confinement. L’intervention du président lundi dernier, et surtout celle d’Edouard  Philippe hier, propose une toute autre méthode, certainement beaucoup plus adaptée à cet exercice inconnu. 

Le 11 mai, qui retournera  travailler ? Qui retournera à l’école ? Ce ne pourra pas être au  gouvernement de l’organiser seul. Les préfets, c’est-à-dire le bras armé de l’Etat déconcentré, devront s’entendre avec les élus  locaux. Savoir quel bus, quel tram peut être remis en service sur quelle  ligne et à quel rythme ? Savoir où se faire dépister… Ce sont bien les élus locaux (singulièrement les maires) qui peuvent le déterminer au mieux. 

De même l’idée de ne pas imposer, comme  prévu au départ, aux personnes âgées, un confinement prolongé est un signe de l’assouplissement de la méthode. La pente du retour à la situation normale sera longue et reposera sur une  responsabilisation générale. 

La France, son Etat et ses dirigeants sont  obligés de tordre leur nature centralisatrice, de se faire un peu  violence. Pendant sa campagne le candidat Macron avait vanté la  prééminence des solutions de terrain, la confiance en ceux qui sont au plus près du citoyen. Mais une fois au pouvoir, c’est  le fameux jupitérisme qui a prévalu. Le président post grand-débat, rincé par les gilets jaunes, avait fait amende honorable et reparlé de  son concept de campagne de ‘nouveau girondisme’.  Et bien voilà –avec la délicate opération dé-confinement- une bonne occasion de l’étrenner.
 

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