Le groupe socialiste à l’assemblée veut introduire la PMA (procréation médicalement assistée) dans la loi du mariage pour tous.

Et on peut se demander si le groupe socialiste ne fait pas une grosse erreur tactique, accompagnée d’une vraie faute politique. On ne se le demande pas d’ailleurs, on l’affirme. L’erreur tactique c’est, avec la PMA, d’inscrire un sujet de discorde par précipitation et défaut de débats, de diviser la majorité sur une loi qui divisait plutôt l’opposition ! Mais surtout de donner, à trois semaines de la prochaine manifestation des opposants au mariage pour tous, un argument décisif pour convaincre ceux qui hésitaient encore à battre le pavé. C’est une chose d’être opposé à l’adoption par les couples homosexuels -parfois avec des arguments d’ordre psychanalytique- c’en est une autre d’aller dans la rue, scander des slogans contre l’extension d’un droit et donc, fatalement, contre une partie de la population. La PMA peut faire sauter cette prévention. Parce qu’inclure la Procréation Médicalement Assistée dans le texte du mariage pour tous frôle le hors-sujet. C’est passer outre un débat essentiel… oublier de se poser une question primordiale qui n’a à voir qu’indirectement avec le mariage et l’adoption : la question de savoir si la PMA doit rester ou non un acte thérapeutique, une technique destinée à pallier l’infertilité de l’un des deux membres d’un couple, ou si ça doit devenir une autre façon de procréer… pour tous. On peut très bien être pour la seconde option, qui correspond, en fait, déjà à une réalité, mais la question doit être posée à la société, à ses représentants dans un autre cadre que celui du projet actuel.

Certains proposent que ce soit fait plus tard dans le cadre d’une loi bioéthique.

Oui, par exemple, parce que si les parlementaires sont dans leur rôle en légiférant au rythme qu’ils estiment être celui le de l’évolution de la société, (sans toutefois valider, par principe toutes ces évolutions sous prétexte de modernité) l’Assemblée peut aussi aller un peu plus vite (le divorce, la pilule, l’avortement ou le pacs), mais ces avancées du droit sont généralement, et heureusement, accompagnées de grands débats. Sur le mariage homosexuel et l’adoption, le débat a lieu. Il a lieu en fait depuis longtemps dans la société et les médias. Il est maintenant au Parlement. L’acceptation de l’idée du mariage homosexuel a connu une évolution positive extrêmement rapide, ces dernières années dans la société, et nul doute que la loi votée, dans la douleur et la dissension sera, dans quelques années, très largement acceptée et appliquée sans problèmes. En revanche pour qu’il en soit ainsi avec la PMA, il serait plus logique -et même plus honnête- de laisser la société s’approprier les termes de ce nouveau débat. Peut-on parler de l’extension d’un droit (comme le mariage ou l’adoption) s’agissant d’une pratique thérapeutique ? Peut-on invoquer (comme pour le mariage ou l’adoption) l’égalité ? Alors que la PMA ne pourrait, techniquement être ouverte que pour les couples homosexuels féminins. Toutes ces questions dépassent le cadre de la loi initialement prévue. Quid de la PMA pour les célibataires et quid, bien sûr de la question qui vient juste après : la gestation pour autrui ? Précipiter ce débat et en plus imposer une discipline de vote sur un tel texte : voilà bien la faute politique (beaucoup plus grave que la faute tactique) que s’apprête à commettre le groupe socialiste à l’Assemblée.

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