Jean-Marc Ayrault était hier soir sur TF1 pour tenter de convaincre que son projet de remise à plat de la fiscalité n’était pas abandonné. Oui parce qu’on avait l’impression, avant son intervention que ce projet était à l’état de mort clinique. En tout cas qu’il était entouré de beaucoup d’infirmières zélées, visiblement plus adeptes de l’euthanasie que de l’acharnement thérapeutique. Un membre du gouvernement qui a assisté au dernier conseil des ministres résumait l’état de santé de l’idée de la remise à plat de la fiscalité par ces mots "mercredi on a mis la dernière pelletée pour l’enterrer". Vous conviendrez que c’est assez définitif ! Serions-nous retombés dans un travers qui avait été largement reproché à Nicolas Sarkozy ? Le travers de l’effet d’annonce. Face aux blocages multiples qui empêchent une majorité de réformer et face à l’insistance, à la pression des mécontentements démultipliés par le bulldozer médiatique, le pouvoir est toujours tenté par l’effet d’annonce. Un effet d’annonce c’est comme envoyer un quartier de viande à un fauve affamé qui vous menace, afin de gagner un peu de temps. Face à la fronde anti-fiscale des bonnets rouges, des artisans, des routiers, des centres équestres ... Jean-Marc Ayrault avait donc fait livrer de quoi calmer, un temps la voracité protestataire de ces groupes de pression. Ce morceau de viande, c’est la remise à plat fiscale. Et d’ailleurs ça à marcher, la fronde fiscale s’est passablement tarie ! Oui, l’intérêt de l’initiative du premier ministre résidait plus dans le changement de l’ambiance politique du pays qu’elle allait provoquer au moment de l’annonce que dans le changement de la réalité fiscale de 2015. Mais hier soir sur TF1 Jean-Marc Ayrault s’est appliqué à démontrer que la remise à plat de la fiscalité n’était pas un effet d’annonce. Il y a un comité de pilotage avec des syndicalistes et des parlementaires qui se réuniront tous les 15 jours pour faire vivre ce débat. Seulement son propos masquait mal les désaccords que l’on perçoit toujours dans les coulisses du pouvoir au plus haut niveau, sur l’opportunité de tout bouleverser. Beaucoup de ministres ou de conseillers de ministres s’emploient à minimiser la portée de l’annonce, à dire que ce qui compte c’est simplement de baisser les impôts donc la dépenses, que ça ne suppose pas de révolutions fiscales. Jean-Marc Ayrault semble donc isolé au sein de l’exécutif, mais pas au sein du parlement. Des groupes de travail se sont mis en place au Palais Bourbon. Plusieurs députés actifs se mettent à plancher sur des éléments de réforme beaucoup plus ambitieuse que ce que souhaite Bercy et sans doute aussi Élysée. Le résultat est là. Nous avons un majorité divisée sur la question. Non pas entre tendances idéologiques mais entre institutions : d’un coté le premier ministre et une bonne partie des parlementaires, de l’autre Bercy, les poids lourds du gouvernement et sans doute l'Élysée qui reste dans un flou gêné. Tant que François Hollande ne se sera pas exprimé clairement sur cette question, l’impression que la remise à plat de la fiscalité n’est qu’un effet d’annonce dominera. Et la tactique des effets d’annonce est certainement celle qui, ces dernières années, a le plus nuit à la crédibilité des politiques et de ceux qui la commente. L’une des qualités que l’on pouvait reconnaître à la nouvelle majorité (jusqu'à ce gros doute sur l’annonce de la remise à plat de la fiscalité), c’était justement de ne pas en avoir abusé.

► ► ► VOIR | l'interview du 1er ministre sur TF1

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