À comparer les deux déclarations, celle de l’Elysée qui, mercredi, signifiait que l’âge pivot était négociable, à celle d’hier où Edouard Philippe expliquait que sans les 64 ans la réforme serait nulle et non avenue, y aurait-il un désaccord entre le président de la République et le Premier ministre ?

Retraites : Emmanuel Macron et Édouard Philippe sont-ils sur la même longueur d'onde ?
Retraites : Emmanuel Macron et Édouard Philippe sont-ils sur la même longueur d'onde ? © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL

La réalité est plus subtile

Les deux têtes de l’exécutif sont en fait quatre. Le quatuor qui gouverne véritablement le pays avec Alexis Kholer, secrétaire général de l’Elysée, et Benoit Ribadeau-Dumas, directeur de cabinet du Premier Ministre. Les quatre hommes, formés dans les mêmes écoles, sont intellectuellement totalement raccord. Ils pensent qu’il faut reculer l’âge de départ à la retraite. Ils estiment que présenter une réforme à l’aspect financièrement équilibrée serait gage de sérieux et couperait l’herbe sous le pied de la droite officielle pour 2022. En même temps, la position centrale du macronisme exige que cette réforme soit aussi perçue comme juste. Et pour cela, il faut embarquer la CFDT, syndicat réformiste, et numéro 1. 

Donc Emmanuel Macron et Édouard Philippe sont d’accord !

Sur ce que serait la meilleure réforme, oui… Mais ils ne sont pas d’accord sur le prix politique à payer pour la faire passer. Et ce n’est pas un détail ! Edouard Philippe préfèrerait que la CFDT en soit mais l’idée qu’elle puisse ne pas en être ne l’empêche pas de dormir. Le Premier ministre, dans la veine de la droite modérée et du gaullisme, est un réformateur. 

Les racines politiques d’Emmanuel Macron (ou plutôt de sa majorité) sont plus social-démocrate. Et transformer en profondeur le régime des retraites sans la CFDT serait prendre le risque de froisser une large partie de la base électorale du macronisme 2017. Le "en-même-temps-tisme" oblige le président à tendre au maximum (à la limite de la rupture) l’élastique qui va du centre-gauche au centre-droit. 

Il y a, à l’Elysée même, avec le conseiller Philippe Grangeon, de fervents partisans de la CFDT et du principe "réformiste" c’est à dire "réformer avec, plutôt que contre’".

Il y a, au gouvernement, des ministres importants qui rappellent que la mesure d’âge n’est financièrement pas nécessaire et n’était pas dans le programme présidentiel. 

Il y a, à la tête du groupe Gilles Le Gendre qui, épousant la tendance majoritaire de ses députés, vivrait mal un divorce consommé avec la CFDT. 

Il y a donc, malgré la bonne entente des deux têtes de l’exécutif, des quatre têtes qui tiennent les manettes du pays, une différence, non pas de fond mais de point de vue politique. 

À la fin il faudra donc une solution suffisamment ambiguë autour des 64 ans, devenue la clé, pour que chacun (Macron, Philippe, Berger) puisse afficher son but atteint. Ce qui est frappant, c’est que les rôles institutionnels sont inversés. Le président se montre soucieux de sa majorité et le Premier ministre dit penser au long terme. Alors qu'Édouard Philippe devrait être le chef de la majorité, il n’est même pas membre d’En Marche, il avait fait campagne, en 2017 pour un autre homme et une autre majorité. 

La logique de ce mécano politique baroque (qui pour l’instant tient bon) en action contient, en elle-même, un potentiel destructeur pour ce couple exécutif, pourtant d’apparence... d’apparence harmonieux. 

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