Succession de conflits dans plusieurs usines, après l'annonce de plans sociaux. En période électorale, les politiques sont tentés de s'immiscer dans ces rapports de force employés/patrons. Cette fâcheuse et récurrente habitude que nos politiques ont de retrouver le chemin des usines à quelques semaines d'un scrutin devrait nous conduire à méditer sur le thème suivant : "Des limites de la tentation de l'ouvriérisme électoral." Depuis quelques jours, voire quelques semaines, ce sont de sombres chiffres qui s'affichent à la Une des journaux : 1600 emplois menacés dans les usines Ford de Gironde. 2500 dans les Cristalleries d'Arques du Pas-de-Calais. 493 suppressions de postes prévues chez Miko. 700 chez Arcelor à Gandrange. 826 emplois supprimés dans les usines Kléber. Derrière ces chiffres balancés en "paquet", il y a évidemment à chaque fois, un homme, une femme qui perd son emploi, un savoir faire qui ne sait plus que faire, des usines qui ferment. Au final, une addition lourde pour les travailleurs français, et une réalité implacable : la France continue de se désindustrialiser. Mais la réalité sans doute, est jugée trop difficile à expliquer ou à assumer par nos représentants politiques, qui préfèrent, surtout en période électorale, se précipiter dans ces usines en danger, se coiffer d'un casque et promettre à des ouvriers déboussolés, qu'ils se battront jusqu'au bout avec eux pour faire reculer l'Infâme. En l'occurrence l'infâme direction qui a décidé la plupart du temps de délocaliser sa production. Alors, si toutes les situations ne se valent pas, s'il est parfois civique et nécessaire de combattre des patrons voyous qui ont par exemple, récupéré des aides publiques, puis ont plié bagage pour aller en chercher de nouvelles ailleurs, il y a aussi beaucoup d'hypocrisie voire de démagogie dans ces déclarations d'intention. D'abord parce qu'elles masquent une réalité de l'économie française plus contrastée qu'ils ne la présentent souvent. Les chiffres des créations d'emplois sont tombés hier. Ils sont à leur plus haut niveau depuis 2000. On comptabilise près de 300 000 emplois créés l'an dernier. Avec 17 000 emplois perdus dans l'industrie oui, mais 62 000 gagnés dans le secteur tertiaire. L'économie française est aujourd'hui majoritairement tertiaire, mais la France reste aussi le troisième pays en terme d'investissements étrangers. Alors, la désindustralisation de la France justement : les spécialistes affirment que le plus fort de la vague est passé dans les années 80. Aujourd'hui, il ne s'agit que "d'ajustements" à la compétitivité mondiale. Impossible de concurrencer la Chine ou les pays de l'est dans certains secteurs, en terme de coût du travail. Alors oui, même dans l'industrie, il faut se recentrer sans doute sur des niches, des produits fins, sur la haute technologie ou sur les énergies propres, qui nécessitent en réalité que les pouvoirs publics investissent encore plus massivement qu'ils ne le font aujourd'hui dans la recherche et le développement, investissements tellement massifs qu'ils irrigueraient jusqu'aux PME françaises. Mais qui ose aller tenir ce discours d'une spécialisation industrielle assumée, à des ouvriers effectivement touchés de plein fouet par ces fameux "ajustements" ? Les élus locaux ou candidats locaux défendent des hommes et des femmes qu'ils connaissent, normal, mais les représentants nationaux ne pourraient-ils avoir le courage de ce discours, garder des usines en France, oui mais pas toutes les usines, pas n'importe quelle usine ? La droite comme la gauche, le pouvoir comme l'opposition veulent toujours faire croire, le temps d'une campagne, qu'ils peuvent changer le cours de l'histoire. L'histoire du monde qui est aujourd'hui celle de la division du travail. Ils ne pourraient le faire qu'à la seule condition de dire d'abord la vérité, mais c'est drôle, en campagne justement, ce n'est pas la valeur la plus courue.

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