Par Jean-François Achilli.

Peut-on échapper au seul duel Hollande-Sarkozy dans la campagne présidentielle ? Eh bien non. N’en déplaise aux défenseurs tous azimuts du pluralisme politique - nous en faisons partie ici à France Inter - il est impossible de se défaire de cet affrontement qui semble ignorer qu’il peut y avoir plusieurs candidats à l’élection présidentielle. Et c’est un peu comme si les deux favoris étaient déjà le 6 mai, avec un Nicolas Sarkozy qui court après son score de premier tour pendant que François Hollande, lui tente de blinder sa garantie de succès au second. Démonstration hier à Marseille: celui que François Hollande appelle avec ironie le candidat sortant Nicolas Sarkozy, a occupé le plus clair de son discours à traiter son rival socialiste de menteur, coupable à ses yeux de ne pas aimer la France. Pour au final lui piquer l’idée d’une dose de proportionnelle aux législatives, déjà proposée par le PS, clin d’œil ou carotte en direction des électeurs de François Bayrou et de Marine le Pen.Et comme un scénario bien rodé, François Hollande a répliqué aussitôt dans la soirée, par média interposé. Le candidat du PS a voulu cette riposte systématique à Nicolas Sarkozy, pour lui coller au train, ne pas le laisser s’installer. Une fois de plus François Hollande a fait mine de refuser le combat, pour mener dit-il une campagne normale. Mais, en annonçant qu’en cas d’élection, il ferait le ménage chez les hauts fonctionnaires mis en place par le chef de l’Etat, dans la police, la justice, François Hollande a remis du charbon dans la machine, qui est repartie de plus belle. C’est imparable. Vous ne pouvez pas y échapper. Les autres candidats, du coup, n’ont plus beaucoup d’espace. Et doivent redoubler d’imagination. Marine Le Pen et son père ont dû déballer Brasillach et la viande Hallal ce week-end pour tenter d’exister. Mais c’est peine perdue : c’est le duel sans merci qui fait la une, prêt à dégénérer à chaque instant.Est-ce que cela va durer comme ça jusqu’au premier tour ? Pas sûr. Il y a cette échéance, celle du 20 mars, date à laquelle sera instaurée la stricte égalité des temps de parole sur les antennes, sur laquelle les des deux super puissances ont calqué leur marche. Nicolas Sarkozy est entré en campagne un mois avant, en braquant son adversaire parce qu’il sait qu’après le 20 mars, tout sera plus lent et plus compliqué. François Hollande a lui démarré très tôt afin de conforter son avance, et son mot d’ordre est de tenir un mois, sans faiblir, jusqu’à cette date à laquelle la campagne présidentielle entrera dans une quatrième dimension totalement inédite. Nous avons donc devant nous un mois qui s’annonce terrible, avec une campagne où la violence des mots supplante déjà le débat d’idées. Et ce sera au fond un test pour les candidats, une manière de jauger leur capacité à résister à la pression, au plus haut niveau. Celui qui l’emportera en mai aura à faire face à une situation politique, sociale, internationale d’une telle dureté, que la campagne présidentielle qui aura eu lieu apparaitra comme une récréation, une bluette, une blague.

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