Ce sont les instituts de sondage eux-mêmes qui le reconnaissent ces derniers jours : ils sont un peu déboussolés par les chiffres qu'ils ont sous les yeux... Pourquoi ? Eh bien parce que d'habitude c'est plutôt simple... Quand on a un président impopulaire, sa majorité se prend une claque aux municipales et puis on peut passer à autre chose. Prenez 1983 avec Mitterrand, ou 2008 avec Sarkozy, c'était clair, net, sans bavure. Cette fois-ci, c'est beaucoup plus compliqué. On a d'un côté un président ultra-impopulaire, des Français quand on les interroge au niveau national qui disent qu'ils vont voter majoritairement à droite, et pourtant, quand vous regardez le détail des sondages dans chaque ville, la gauche tient bon... Regardez Paris, Strasbourg, Lyon, Lille, Toulouse ou Ajaccio, pour ne citer qu'elles, à chaque fois les sortants de gauche font mieux que de résister, ils sont même donnés gagnants pour l'instant...Pour résumer, on a donc deux photos de l'opinion, l'une prise de loin à l'échelle de la France, l'autre de près, à l'échelle des villes, et ces deux clichés pour l'instant ne coïncident pas. On n'arrive pas à les superposer... ce que le coprésident d'Ipsos, Jean Marc Lech, résume d'une formule : "dans cette campagne, les sondeurs ne croient pas en ce qu'ils trouvent".Alors, pourquoi, Marc, faut-il prendre ces enquêtes avec des pincettes ?Pour toute une série de questions qui tiennent à la méthodologie des sondages. Prenez l'abstention par exemple... si on vous appelle au téléphone pour vous sonder, vous allez évidemment dire que vous irez voter... Et puis le jour J, vous aurez peut-être autre chose en tête. Les Français sont comme vous, ils sont plus nombreux à déclarer qu'ils iront voter qu'à le faire vraiment. Du coup, ça fausse tous les résultats.Deuxième écueil, c'est le comportement des électeurs potentiels du FN. Pendant des années, vous savez, il y avait un vote honteux. Les électeurs n'osaient pas dire qu’ils votaient pour le Front national et les instituts de sondage devaient donc redresser les scores des candidats FN avant de publier leur enquête... Aujourd’hui, c'est moins le cas, mais le FN reste un casse-tête. Dans l'ouest du pays, par exemple, où il est peu implanté, on continue à redresser le score de ses candidats. Alors que dans le sud-est, où il est désormais enraciné, on considère que les gens n'ont plus honte de dire qu'ils vont voter pour lui… Il y a un peu de doigt mouillé derrière tout cela…Dernière précaution, c'est la marge d'erreur, celle qu'on trouve généralement en tout petit caractère en bas du sondage. Cette semaine, la presse a fait ses choux gras d'un sondage donnant le FN gagnant à Hénin-Beaumont au 2nd tour, avec 50,5% des voix, autant dire un cheveu. Ce qu'on a généralement oublié de dire, c'est que la marge d'erreur, dans ce cas précis, était de 4 points et demi. En réalité, le score du FN était donc compris entre 46 et 55%. Aux États-Unis, on aurait sorti la formule magique : « to close to call », trop serré pour se prononcer, mais pas en France, et c'est dommage.Si avec tout cela vous regardez les sondages avec peu plus de méfiance désormais, il vous reste une solution. Faites vous le votre, grandeur nature et allez voter les 23 et 30 mars prochains.

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