C’est le diptyque que répètent les porte-paroles de la majorité…

Et hier, avec le rapport du député Aurélien Taché, c’est donc le volet humanité qui a été délivré. Le volet fermeté viendra mercredi. Ce duo forcément oxymore n’est pas un «en même temps» spécifiquement macronien. Il en est toujours ainsi quand il s’agit de politique d’immigration. En recherchant dans les archives, on s’aperçoit, c’est édifiant, que François Mitterrand en 1989, Jacques Chirac en 1996, Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur, puis président, François Hollande et son ministre de l’Intérieur Manuel Valls… tous ont associé ces deux termes pour décrire leur politique migratoire. Pas toujours dans le même ordre.  D’ailleurs,  «humanité» en premier n’est pas gage de politique moins ferme… Quelques jours avant d’enfoncer les portes de l’église Saint Bernard à Paris, en 1996, où s’étaient réfugiés ce que l’on appelait des «sans-papier», JL.Debré, le ministre de l’Intérieur, expliquait que sa politique était faite «d’humanité et de cœur». Après tout, humanité et fermeté sont le résumé de la célèbre phrase de Michel Rocard «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, raison de plus pour qu'elle traite décemment la part qu'elle ne peut pas ne pas prendre».

En même temps que peuvent-ils dire d’autre ?

C’est vrai, soyons honnête, la politique migratoire ne peut être que critiquée… ce n’est jamais assez humain et jamais assez ferme parce que ces notions sont forcément relatives dans leur application, alors que ce sont aussi des principes qui réclament de l’absolu ! Mais surtout, il existe un tabou : les mesures prises (humaines ou fermes) ne régleront pas ce problème que l’on ne sait pas évaluer. Et chacun le sait ! Les vagues migratoires vont se poursuivre, le nier c’est mentir, l’admettre c’est avouer son impuissance. Et là, trois positions sont possibles : la 1ère, celle de tous les autoritaires : monter des murs, pourchasser les migrants, leur mener une vie infernale. Ça contenterait la partie de la population la plus angoissée, celle qui subit directement les dégâts sociaux d’une immigration concentrée dans certaines villes ou quartiers, mais ça ne tarirait pas le flot. La 2ème attitude consisterait à expliquer que la France est un grand pays, avec la plus grande superficie d’Europe, 70 millions d’âmes dans la 5ème économie mondiale, qu’elle peut tout à fait prendre sa part, substantielle… ce serait un effort mais que nous pouvons le faire. Cette position courageuse serait politiquement dévastatrice et celui qui tiendrait ce discours pourtant conforme aux idéaux (les droits de l’homme) que l’on prétend défendre, conforme aussi, sans doute à la réalité des proportions (et pour peu que l’on considère que l’état du monde ne peut pas ne pas avoir quelques répercussions sur nos vies), celui qui tiendrait ce discours ouvrirait la voie à l’extrême droite. Tous les gouvernements tiennent donc le 3ème discours possible, celui de « l’humanité et de la fermeté », qui dit tout et rien. Mais en réalité, sur la question de l’immigration, l’Etat, l’opinion et nous-mêmes commentateurs, bricolons, entre ces deux exigences contradictoires mais incontournables, relatives et absolues : humanité et fermeté. 

   

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