Hier, Martine Aubry a annoncé que les socialistes allaient déposer une motion de censure contre la politique du gouvernement. Est-ce le réveil du PS ? C’est l’objectif en tout cas. La motion de censure est une procédure un peu exceptionnelle qui entraine un rapide débat dramatisé sur la politique du gouvernement mais qui n’aura aucune conséquence politique et sans doute un faible écho. Les députés socialistes sont dans un état de révolte permanente face à plusieurs projets gouvernementaux et particulièrement la réforme du droit d’amendement. Mais celle-ci est assez politique et technique, elle n’a aucune incidence directe sur les préoccupations actuelles des Français. En réalité, le Parti Socialiste a un gros problème d’adaptation au rythme effréné des débats qui secouent la société française. Ce rythme est, en grande partie, choisi par Nicolas Sarkozy et pour l’instant, Martine Aubry ne sait pas bien y répondre. Elle ne veut pas subir le rythme imposé par le Président, mais cette prétention serait pertinente si le PS avait les moyens d’imposer ses thèmes au débat national. On voit bien qu’il n’y arrive pas. C’est la crise du capitalisme, l’opinion est dans l’expectative mais les socialistes ne semblent pas assez rapidement en état de proposer des alternatives attrayantes ou crédibles. Leur idée d’un plan de relance alternatif ne sera dévoilée que demain ! Ils ont un peu réussi à mener la danse sur la contestation de la loi sur le financement du service public de l’audiovisuel, ils ont réactivé la controverse sur le travail du dimanche mais pour le reste, le PS subit et réagit en retard. Les temps ont changé, la vitesse de l’information est telle, que les polémiques se répandent comme une trainée de poudre en une demie journée. Prenons un exemple : quand le président a annoncé son souhait de supprimer le juge d’instruction, dans l’heure qui a suivi, les radios, les chaines tout infos, les sites internet organisaient des débats, des controverses. Les syndicats, les polémistes, les professionnels de la justice réagissaient. Naturellement, les journalistes ont téléphoné au député PS André Valini, spécialiste de la chose judicaire et ancien président de la commission Outreau. Il a une légitimité et une capacité reconnue à donner son avis très vite. Ça n’a pas plu à Martine Aubry qui veut contrôler toutes les prises de postions. Il s’en est suivi un clash entre Martine Aubry et André Valini. En voulant contrôler la parole du PS, Martine Aubry ne fait rien d’autre que suivre l’exemple de Nicolas Sarkozy quand il était à la tête de l’UMP, sauf que Martine Aubry n’a pas, pour l’instant, le dynamisme et la disponibilité de Nicolas Sarkozy. La maire de Lille, outre un caractère bien trempé et une main de fer dans un gant de béton, ne passe que deux à trois jours à Paris par semaine ! C’est tout à son honneur - elle s’occupe de sa mairie - mais c’est totalement inefficace dans la guerre éclaire permanente qu’un parti moderne doit mener. Ségolène Royal serait-elle mieux préparée pour le job ? C’est en tout cas ce que risque de se dire Ségolene Royal, ce qui ne va pas arranger les choses entre les deux dames. Mais en réalité, rien est moins sûr ! Si l’une (Martine Aubry) ne sacrifie pas assez aux exigences forcément contraignantes du débat permanent et pêche par un excès d’autoritarisme ; l’autre (Ségolène Royal), excelle dans ce que Martine Aubry appelle la « mise en scène de soi ». L’ancienne candidate à la Présidentielle est dans le sillage des médias jusqu'à l’excès, jusqu'à accorder une interview au JDD uniquement pour commenter le congé maternité de Rachida Dati, jusqu'à en faire des tonnes pour bien nous montrer qu’elle est à Washington pour l’investiture de Barack Obama. Les vrais responsables involontaires de cette situation qui donne une image d’inefficacité et de repli sur soi, ce sont les militants qui, en votant à 50/50 pour désigner leur patronne, ont renforcé le poison de la division, et activé la crispation des caractères à la tête du PS.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.