Oui, et j’entends déjà les récriminations. Encore un sondage ! Calmez-vous, je ne vous parlerai pas du taux de popularité de Nicolas Sarkozy ou des chances comparées de DSK sur Martine Aubry pour 2012. Je vous parle d’un sondage de la Sofres publié dans Philosophie Magazine avec cette question simple : « diriez-vous qu’en France, depuis une dizaine d’années, la démocratie a beaucoup progressé, plutôt progressé, plutôt reculé ou beaucoup reculé ? »… Vous ne serez pas surpris de la réponse. 14% des sondés estiment que la démocratie a progressé et 49% pensent qu’elle a reculé. 32%, ni l’un ni l’autre. Donc une grosse majorité relative voit la démocratie en retrait dans notre société depuis une dizaine d’années. Les philosophes interrogés pour réagir à ce sondage (on est dans Philosophie Magazine) soulignent le rôle néfaste des oligarchies renaissantes. Des oligarchies qui tendraient à se reproduire et donc à limiter le champ de la démocratie. L’idée de la démocratie c’est, traditionnellement, un Etat de droit et une batterie de règles qui limitent l’arbitraire de l’Etat. Ce n’est pas tant de cet équilibre fragile, instable, et sur lequel il faut toujours veiller, que semble prendre racine la défiance actuelle. L’idée selon laquelle la démocratie régresse, se confond aussi et peut-être surtout avec le sentiment d’une dilution du bulletin (vote outil principal de la démocratie) dans un grand bain libéral et mondialisé. Comme si les responsables pour lesquels nous votons n’avaient plus réellement le pouvoir !Oui et ce sentiment se traduit d’ailleurs dans le slogan et le ton des campagnes. Les candidats promettent d’abord pouvoir, « je peux ». Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, en 2007 ont fait campagne sur le volontarisme, sur le retour du politique, d’un Etat fort et qui peut. Souvenez-vous « Ensemble tout est possible ». Mais le volontarisme se fracasse à la réalité d’un monde dominé par le libéralisme et la mondialisation, et donne une impression de soumission et d’impuissance. Le volontarisme devient alors du péremptoire inopérant, une pathétique gesticulation dans le vide. Ensemble tout n’est visiblement pas possible. Et pourtant l’élection de 2007 avait constitué un record de participation pour départager deux candidats, justement parce qu’ils affirmaient « pouvoir ». La démocratie recule à mesure que l’impuissance publique semble manifeste. « Là où il y a une volonté, il y a un chemin » disait Lénine. Cette phrase devenue l’un des poncifs du discours politique a perdu de sa force. Les contraintes extérieures, financières, environnementales sont vécues, pour l’instant, comme des barrières à l’action, plus que comme des motifs de changement que l’on pourrait maîtriser. Ce ne sont pas les lois qui brident le plus la démocratie mais nos votes qui semblent se démonétiser. La crise financière de 2008 n’a pu être évitée par des dirigeants qui maintenant ne semblent pas non plus en mesure d’imposer des règles pour éviter qu’elle se reproduise. De plus, un pays comme le notre dans lequel la notion d’ « égalité » est aussi intimement liée à celle de la « démocratie » ne peut pas vivre l’accroissement des inégalités sans estimer que la démocratie régresse. Il y a une leçon à tirer pour 2012 de ce sondage qui vient confirmer une idée largement ressentie. Il faudrait arriver à imposer aux candidats, non pas tant de lister les promesses habituelles et de nous assurer que « là ou il y a un chemin, etc. », mais plutôt de définir honnêtement « le champ des possibles » pour rester dans le vocabulaire de la philosophie. De prendre la mesure réelle des limites de leur pouvoir ou de nous expliquer comment ils comptent les élargir.

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