Dimanche, François Hollande doit prononcer un grand discours au Bourget.

Oui alors ils ne l’avouent pas mais si ce discours est raté, s’il « n’imprime pas » pour utiliser un terme à la mode dans le vocabulaire politique, vous verrez les socialistes en minimiser l’importance (les arguments sont déjà prêts), expliquer qu’il y a encore six grands discours prévus avant le scrutin. Mais en réalité François Hollande veut rééditer le coup d’éclat réalisé par Nicolas Sarkozy, à peu près à la même époque en 2007. C’était Porte de Versailles, le 14 janvier. Le candidat de l’UMP avait, dans une mise en scène parfaitement réglée, prononcé un discours très bien écrit par Henri Guaino. Un discours à la Nation, qui avait marqué les esprits parce Nicolas Sarkozy avait su se présenter, lui-même, montrant bien qu’il prenait sur les épaules, le poids de l’Histoire de France. Il avait réussi à installer dans l’esprit de la population l’idée qu’il pourrait incarner le pays. « Je suis un petit français de sang mêlé », « j’ai changé » avait-il dit. C’est à cette occasion qu’il a cité Jaurès et Blum pour montrer qu’il n’était plus le candidat d’un camp mais qu’il savait devoir représenter toute la France. Tous les adeptes du mythe gaullien qui veut qu’une élection présidentielle soit la « rencontre entre un homme et un peuple » plutôt que la rencontre entre un programme chiffré et des contribuables avec leurs calculettes, étaient aux anges. Alors c’est beau, c’est pompier, c’est grandiloquent, c’est osé parce que ça peut tout à fait tomber à plat et être parfaitement ridicule… On ne s’intronise pas comme ça successeur potentiel des rois, de Napoléon et de tous ses prédécesseurs à la tête de l’Etat. Mais après ce discours Nicolas Sarkozy était hors de portée de ses concurrents.

Pourtant, ce discours n’avait pas été vu par grand monde !

En effet personne ne l’avait vu en entier, à part ceux qui étaient dans la salle et ceux qui était devant leur chaine « tout info », en gros les pensionnaires des maisons de retraite en cette fin d’après midi… Mais les commentaires et surtout les extraits diffusés sur toutes les radios et télés, ont installé, pendant des semaines, ces images, ces mots forts… ça avait « imprimé ». Alors aujourd’hui l’équipe de François Hollande rêve de réaliser le même exploit. Et en effet, il manque au candidat socialiste ces mots et ces images qui permettront aux électeurs d’imaginer l’homme à l’Elysée. Qui est vraiment François Hollande? Quelles sont ses références historiques, culturelles ? À quoi vibre-t-il ? Qu’est-ce qui l’indigne ? Où va-t-il chercher son énergie ? A-t-il, d’ailleurs cette énergie ? Qu’est-ce qu’il aime au-delà de tout ? Et qu’est-ce qu’il déteste par-dessus tout ? Quelle est sa France ? A-t-il l’autorité pour dépasser les frontières de son propre camp ? Est-ce qu’on peut se reconnaître en lui si l’on n’est pas socialiste ? Le plus grand nombre ne sait rien de tout ça ! Et on n’élit pas le roi de France pour cinq ans sans avoir un début de réponse à ces questions. Attention quand même ! Un candidat de gauche ne peut pas autant jouer la personnalisation du pouvoir. Les ressorts de l’homme providentiel activés le 14 janvier 2007 sont d’ordre néo-bonapartiste et sont plus compliqués à manier pour un homme qui prétend vouloir gouverner par le contrat plus que par l’injonction. Mais pour l’instant, même si sa candidature fonctionne dans les sondages… son discours, « n’imprime » toujours pas. On disait de Lionel Jospin qu’il fallait qu’il fende l’armure. François Hollande lui, doit plutôt sortir ses trippes. On verra dimanche.

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