Manuel Valls a sévèrement recadré Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la Laïcité, lors de la soirée des amis du CRIF.

Un recadrage dans la forme, certainement un peu abrupte, loin du besoin d'apaisement ressenti en ce moment par l’ensemble de la société. Mais dans le fond, il se justifie au regard de la mission de l’observatoire. Le rôle officiel de cet organisme est d’assister le Gouvernement dans son action visant au respect (au respect !) du principe delaïcitéen France . Jean-Louis Bianco, depuis sa nomination en 2013, anime cet organisme avec une vision de la laïcité très ouverte. Il s’intéresse de près au dialogue interreligieux . Le dialogue interreligieux, par les temps qui courent, est certainement œuvre utile, mené notamment parl’Association Coexister , mais l’observatoire de la laïcité doit d’abord défendre la laïcité attaquée par nombre d’associations qui souhaitent la fin de ce modèle. En cause, un texte titré Nous sommes unis, signé quelques jours après les attentats de novembre 2015. Les responsables de l’Observatoire de la laïcité y ont apposé leur signature aux côtés de représentants de toutes les religions soit, mais surtout aux côtés du rappeur Médine qui estime, sur des textes très communautaristes, que la société française et la laïcité sont en guerre contre les musulmans, aux côtés aussi du controverséCCIF(collectif contre l’islamophobie en France) dont les responsables dénoncent régulièrement comme « islamophobes » des mesures contre des islamistes radicaux, se répandent dans la presse étrangère pour expliquer que la laïcité à la française martyrise les musulmans. Plutôt que de combattre idéologiquement ceux qui caricaturent la laïcité et même réclament une autre organisation des rapports entre la religion, la société et l’État, l’Observatoire de la laïcité entretient une sorte de partenariat bienveillant avec ces organisations, leur donnant une légitimité inespérée dans le débat public.

Ce qui a relancé la polémique, c’est la réaction d’un responsable de l’observatoire de la laïcité aux propos qu’Élisabeth Badinter a tenu ici-même.

Oui, la philosophe avait expliqué que pour défendre la laïcité, il ne fallait pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe. Propos qui peuvent être mal compris dans un contexte où, effectivement, les actes antimusulmans (appelons-les plutôt comme ça) sont en augmentation préoccupante. Élisabeth Badinter fustige ce mot « islamophobie », utilisé principalement (bien qu’il soit en train de passer dans le langage courant, entraînant une confusion nocive) utilisé donc, non pas contre les racistes et autres anti-musulmans, mais contre ceux qui luttent idéologiquement contre la pression de l’islamisme radical. Des représentants du CCIF, notamment, considèrent que la loi sur de 2004 sur le port des signes religieux à l’école, ou la loi de 2010 sur la burqa, sont islamophobes. Dans ce combat politique, idéologique et non pas religieux, la philosophe expliquait simplement qu’elle ne voulait plus se faire traiter d’islamophobe. Nicolas Cadene , rapporteur général de l’Observatoire de la Laïcité, soutenu par Jean-Louis Bianco, s’est fendu alors d’un tweet dénonçant les propos de la philosophe. Manuel Valls, promoteur d’une laïcité plus assumée, surtout dans ce contexte post attentats, va bientôt recevoir Jean-Louis Bianco. La date n’est pas fixée. Nous en sommes là…

Texte mofidié le vendredi 22 janvier 2016 à 18h

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