Hier, Emmanuel Macron a précisé sa méthode pour distribuer les investitures de En Marche, pour les législatives…

Oui et cette procédure dit tout de la nature de En Marche. Un mouvement d’un type très nouveau, qui entend répondre à une forte aspiration démocratique mais qui, pour l’instant du moins, crée une mécanique centralisée et incroyablement verticale. Paradoxalement, pour démocratiser et rénover, peut-être faut-il en passer par l’acte d’autorité d’un homme providentiel, à l’ancienne ! Parce qu'à bien y regarder, En Marche se construit comme une sorte de RPF ou d’UDR, ces partis gaullistes d’antan. D’ailleurs les termes utilisés par Emmanuel Macron sont des références stupéfiantes pour qui prétend rénover. La quête des solutions à travers le pays pour établir un programme s’appelle la Grande Marche ! Le livre-programme s’intitule, en toute simplicité, Révolution, et comme de Gaulle, seule référence citée, le candidat disrupteur fustige les partis politiques (le régime des partis) qui ont perverti les institutions. Comme si la nécessaire démocratisation de la vie politique devait forcément passer par une phase un peu autocratique. D’ailleurs, les Français qui demandent tout à l’État et aspirent à la fois à une démocratie plus participative sont aussi ambivalents ! Ils réclament plus de verticalité et plus d’horizontalité dans un même élan. C’est un défi géométrique et politique qu’Emmanuel Macron tente de relever.

Donc, pour en revenir aux investitures, elles seront données par le sommet de l’organisation…

Oui, par une commission de 9 membres dont Emmanuel Macron ne sera pas mais qu’il aura désigné ! Les militants de Emmanuel Macron n’ont rien à dire sur ce sujet, mais c’est vrai qu’un vote de militants dans chaque département ne permettrait pas de respecter les critères de parité et de diversité établis par Macron. Le candidat veut débaucher, vider de leur force les vieux partis mais aussi pouvoir trier pour ne pas se retrouver avec une bande d’opportunistes et pouvoir faire de la place à de nouveaux profils, faire entrer au parlement des non politiques et concrétiser ainsi le renouvellement. Il veut, en quelque sorte, organiser le chamboule-tout politique souhaité, pense-il, par nos sociétés démocratiques. Ces aspirants députés pourront être (et rester) de gauche ou de droite, pourvu qu’ils soient d’accord avec quelques axes principaux, réformes clés afin de débloquer la société. La philosophie, encore évasive, de ces réformes en chantier tourne autour de la possibilité de choisir sa vie, autour de l’idée d’autonomie individuelle, de la fin de la société des statuts, bref d’une forme de libéralisme assortie de nouveaux droits personnels et de nouvelles solidarités qui restent à définir pour en faire un vrai projet progressiste. Parce que si Emmanuel Macron réfute l’étiquette de gauche, il s’affiche progressiste. Terme qu’il faut aussi redéfinir ! En fait, le macronisme reste largement à définir. Cette modernité affichée qui entend –c’est un paradoxe- passer par ce vieux concept gaullo-bonapartiste de rencontre du peuple et d’un homme, est finalement assez raccord avec toutes les contradictions de notre pays très politique. Nous allons savoir, dès après la primaire socialiste, si la proposition macronnienne tient le choc et apparaît comme une réponse à la formidable défiance des citoyens envers la politique. Nous serons vite fixés, question de semaines.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.