Violences, agressivité… cette fin de conflit des retraites se déroule dans un climat de forte tension. Oui c’est le risque de la stratégie du pourrissement choisie par le gouvernement. Avait-il un autre choix, sinon de céder… à partir du moment où le principal syndicat (la CFDT) était disposé à trouver un compromis ?

Les grèves, épuisantes, onéreuses pour tout le monde, pour les grévistes eux mêmes, ne pouvaient plus durer. Et puis il y avait cette bizarrerie : un relativement faible taux de grévistes arrivait à provoquer des blocages disproportionnés. Mais ce qui pourrait être considéré comme un accroc à la déontologie syndicale était contrebalancé par la popularité, majoritaire, de ce petit nombre de grévistes ! Les grévistes ont le sentiment de se faire flouer alors que le rapport de force dans l’opinion leur était favorable. Eternel conflit de légitimité. Une fin de grève sans large compromis ni acceptation de la défaite génère de la frustration, du ressentiment. Et c’est le moment où notre culture de l’affrontement produit ses pires effets. 

Culture de l’affrontement spécifique à la France parmi les démocraties…

Oui, Karl Marx, grand admirateur de nos révolutions, disait :

La France est la patrie de la lutte des classes(…) pays où les conflits (…) sont poussés le plus loin. 

Henri Weber, ancien sénateur socialiste et historien de la social-démocratie, exhume, fort à propos, cette citation dans une tribune pour l’Obs. Les sources de cette culture sont historiques rappelle Weber :

L’idée que la grande Révolution de 1789 a été interrompue à mi-chemin par les possédants, et qu’elle devait être parachevée pour promouvoir une société véritablement libre, égale et fraternelle, a accouché de l’anarchisme, du socialisme révolutionnaire (…) et du communisme’

Aujourd’hui, ces idéologies du XIXème et XXème siècles sont passablement éteintes mais l’idée que la révolution est à finir est toujours là, d’où l’ancrage de notre culture de l’affrontement. Nos institutions qui donnent tout le pouvoir à un camp ont pour effet de rendre tous les enjeux encore un peu plus binaire. La centralisation étatique à la française, le personnalisme induit par le mode de désignation du président, ne laisse aucun espace à l’esprit de compromis et favorise les expressions polarisées.

La façon de gouverner d’Emmanuel Macron (malgré une campagne qui indiquait plutôt l’inverse) n’a fait que renforcer la personnalisation du pouvoir. Les réseaux sociaux amplifient, décuplent et même suscitent les actions agressives, comme l’action contre le président, vendredi soir, au théâtre des Bouffes du Nord, ou l’incendie de la Rotonde. 

La culture de l’affrontement, encadrée par des syndicats forts et des partis idéologiquement solides a cependant permis, dans notre histoire, de créer une société socialement très avancée. Aujourd’hui, avec des structures partisanes et syndicales faibles, dépassées, et surtout sur des sujets de plus en plus complexes, dans un monde interdépendant, cette culture devient inefficace et dangereuse. La façon dont les manifestations, quasi systématiquement,  tournent à la violence –des deux côtés- en est l’illustration.

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