Ce matin : législatives et histoire-géo!

Oui, il y a une lecture géographique et historique des résultats. Sous deux angles. L’angle régional, au sens très large du terme, Est/Ouest/Nord/Sud, mais aussi sous l’angle urbanistique si l’on peut dire : la France des villes, la France périurbaine, rurale et maintenant ce que l’on appelle la France « rurbaine ». Ce qui est frappant, quand on observe la carte colorée des circonscriptions, c’est de constater que malgré la mobilité accrue de la population, malgré une apparente uniformisation des modes de vie, malgré des références culturelles aplanies par les médias et une urbanisation standardisée ; eh bien malgré tout, chaque grande région garde, peu ou prou, son identité politique, perpétue ses grandes tendances héritées de l’Histoire. La carte 2012 est lisible avec des références très anciennes, comme si le caractère politique des territoires français imprégnait le sol et ressortait à chaque scrutin au-delà des coups de râteaux uniformisateurs de la modernité. Ainsi, l’ouest, et le centre de la France, aux origines catholiques et humanistes envoient à l’Assemblée des modérés en masse. Jusque dans les années 80, c’était de la droite modérée… Depuis, toute cette zone, du Finistère à la Nièvre, jusqu’aux limites du grand sud-ouest, est le terreau de la gauche modérée qui y progresse sans cesse sur le modèle du Premier ministre Jean-Marc Ayrault (maire de Nantes). Il représente une certaine forme de gauche rigoureuse et un peu austère. Dans le sud-ouest, si l’on poursuit ce mur de l’atlantique rose, c’est un socialisme de terroir issu du radicalisme. Et dans le midi, c’est un PS plus populaire, parfois plus alternatif.

La droite, aussi, a sa géographie…

Oui, le bleu domine à l’Est. Le long de la vallée du Rhône, c’est une droite industrieuse. Sur la côte méditerranéenne, de Marseille à l’Italie, c’est une droite décomplexée de longue date, plus prompte à flirter avec les thèses du FN, bassin de l’association des députés de la « droite populaire ». Au nord-est c’est une droite traditionnelle, là aussi d’origine démocrate-chrétienne mais dont la proximité avec les frontières engendre depuis toujours du conservatisme strict et même une forme de nationalisme façonnée par les guerres et les invasions. La droite modérée, issue du MRP et de la bourgeoisie éclairée est maintenant minoritaire sur ces terres, nichée dans les oppositions des assemblées territoriales et des conseils municipaux de l’Ouest, bloquée par une gauche qui incarne l’apaisement plus que la révolution. Pour la ressusciter cette droite, certains responsables (comme Jean-Pierre Raffarin) réfléchissent à la création d’une sous-partie de l’UMP dans l’Ouest. On peut remarquer, au passage, et pour preuve du poids de l’Histoire, la survie d’une droite d’origine chouanne, en Vendée, exception a la modération de l’ouest et malgré la victoire d’une socialiste, on y note cette fois-ci la résurrection de deux représentants « villieristes ». Si l’on observe maintenant la carte avec les lunettes de l’urbanité, on se rend compte que les grandes agglomérations continuent leur glissement à gauche. Ou plutôt vers le PS, au détriment, de l’ancienne droite bourgeoise des centres-villes ou des communistes des quartiers populaires comme en Seine-Saint-Denis. Mouvement maladroitement désigné sous le terme de boboïsation. En cette période du bac, on peut très bien s’intéresser aux législatives, tout en révisant son histoire-géo !

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