Vous abordez l’initiative de ces parlementaires qui bousculent leur institution.

Oui, il y a peut-être dans cette initiative un effet de génération ; la plupart des signataires (les socialistes et les écologistes) ont été élus en 2012. Ils sont novices et même si ce sont, pour certains, comme Olivier Faure ou Razzy Ammadi des hommes d’appareil, ils vivent pour la première fois ce regard accusateur porté sur eux, regard de la société qu’ils sont pourtant censés représenter. Les deux vedettes UMP, Laurent Wauquiez et Bruno Lemaire, eux, ont des ambitions présidentielles. Leurs capteurs de l’état d’esprit de la société sont grands ouverts. Ce sont d’anciens ministres sarkozystes qui se veulent critiques de leurs aînés. Sur la terre d’élection de Bruno Lemaire, dans l’Eure, le FN est puissant. Il a vécu la dernière campagne comme une plongée dans un univers très hostile envers la classe politique. Les écologistes, eux, sont dans leur rôle habituel de rénovateurs de la vie politique. Ils ne sont pas toujours très habiles, c’est le moins qu’on puisse dire, mais en matière de transparence ils sont précurseurs. La proposition de François de Rugy par exemple sur l’encadrement des lobbys, si elle est assez technique et n’a rien de grand public (et donc ne peut pas être taxée de démagogique) est sans doute la plus utile pour que le travail législatif soit au bénéfice de tous et non pas d’intérêts privés. Les régimes des retraites coûteux, les frais de mandat trop flous, le lobbying anarchique, le cumul sont devenus sources, soit d’enrichissement abusif, soit de fantasmes corrosifs. Il faudrait tout remettre à plat pour créer, par exemple un statut de l’élu qui lui assure les moyens de travailler et des revenus décents mais limpides.

Claude Bartolone, le président de l’Assemblée est furieux, il explique que ces députés se font de la pub.

Et c’est vrai qu’ils s’en font. Tout homme politique qui propose une idée se propose avec… puisqu’il est élu ! Claude Bartolone, en vieux briscard sait qu’en politique la question de la sincérité est vaine. Il faut mieux un député qui fait cyniquement des propositions vertueuses qu’un député qui agit sincèrement pour l’opacité et le corporatisme. Peu importe que François de Rugy soit sincère, si, pour se faire sa propre pub, il fait progresser la cause de l’encadrement du lobbying au Parlement. Alors on peut comprendre que Claude Bartolone soit agacé parce que les choses ont tendance quand même à s’améliorer avec notamment depuis 2011, l’institution du déontologue de l’Assemblée qui a un rôle de plus en plus reconnu. Mais parler de « poujadisme ignorant » comme il le fait en évoquant les dix signataires est exagéré. Il faut dire que Claude Bartolone est issu de la génération Mitterrand/Chirac. Mitterrand/Chirac, c’était il n’y a pas si longtemps… une époque où l’on cumulait allégrement, où l’on pouvait faire vivre sa deuxième famille dans l’ombre d’une république généreuse et discrète, où les ministres disposaient de fonds secrets, où l’on logeait ses amis, ses proches, ses obligés dans les appartements de sa propre ville. L’époque des fausses factures, des faux électeurs… on oublie vite !…Une époque où l’on trouvait normal qu’un ancien président se fasse offrir un appartement de luxe par un riche Libanais. Aujourd’hui tout se sait et tout est compté. Les temps changent et ceux qui ont vécu l’époque des goinfres doivent comprendre que la transparence n’est pas une dictature mais une garantie.

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